Le voyage de Tchekhov – Ian Watson

Dans le passé Anton Tchekhov commence son voyage à travers la Sibérie jusqu’à l’île de Sakhaline pour constater les conditions de vie si loin de la capitale. Dans le présent une équipe effectue le même voyage pour tourner une adaptation cinématographique avec l’aide du Dr Kirilenko qui utilise une nouvelle technique d’hypnose permettant à l’acteur principal de devenir Tchekhov. Dans le futur Anton Astrov commande un vaisseau soviétique de colonisation qui part en mission à l’aide d’une propulsion basée sur le déplacement temporel.
La triple narration allie la reconstitution historique à une extrapolation scientifique dans l’ambiance glaciale et arriérée de la Sibérie sur un fond de sentiment national assez excentrique et d’humour désabusé. Les époques se télescopent avec comme point de bascule l’explosion dans la Toungouska et comme déclencheur une perturbation quantique accidentelle qui produit l’uchronie et infiltre la réalité du XIXe et du XXe siècle. La mise en abyme de la science fiction amenée par le personnage de Konstantin Tsiolkovski exprime l’anticipation imaginative et les courants temporels dans un univers multiple, illustre la résistance de la trame historique aux modifications et la lutte entre cohérence et versatilité dans le théâtre du monde. Mélangeant psychologie et science fiction, ce roman intelligent cultive les bonnes idées dans un décor propice au relativisme et à la construction du réel.

La Mort en cage – Ian Watson

Jim Todhunter est muté à Egremont pour exercer la fonction de Guide et accompagner les mourants dans leurs derniers instants. Le jour de son arrivée, il assiste au meurtre d’un poète, transgression suprême, et se retrouve désigné pour s’occuper du criminel dévoré par le cancer.
Ce récit de science fiction débute sous la forme du polar avec la confrontation entre Jim et l’assassin Nathan Weinberger pour comprendre son mobile et ils se rejoignent dans leurs recherches sur la mort et ce qui se trouve au-delà. Les questionnements philosophiques prennent de l’importance dans un contexte qui définit cette civilisation comme un moule pour l’histoire, ses enjeux éthiques et métaphysiques. Cette société humaine est basée sur une acceptation sereine de la mort organisée, sur la disparition des meurtres et de la guerre. Le processus psychologique pousse Jim et Nathan dans une chasse pour capturer la Mort personnifiée et l’aspect science-fictif de la conception du piège électromagnétique s’enrichit d’une couleur de fantastique inquiétant. Les expériences thanatologiques sont au centre du roman et ouvrent sur d’autres dimensions, l’univers diffracté et l’existence astrale, sur une aventure de fantasy psychique à la structure quantique d’un espace-temps relativiste assujetti à l’imagination et à la créativité au cœur de l’infinité servant de cadre à une quête d’identité, se sens et de vérité. Ce livre intelligent est une parenthèse réflexive qui déconstruit la religion pour révéler le désir de pouvoir et les fantasmes sexuels, une illustration des pouvoirs de l’esprit qui s’adapte à la nature multiple de l’univers façonné par les apparentes contradictions ontologiques.