La planète des esclaves-robots – Harry Harrison

Bill est toujours soldat, fait partie d’un équipage constitué pour des représailles après une attaque de dragon dirigée par l’ennemi Chinger.
Cette suite directe de Bill le héros galactique continue sur la lancée égocentrique de la carrière militaire qui se coupe définitivement de la naïveté poétique et de l’éloge philosophique de la simplicité pour verser dans des aventures aux multiples rebondissements, avec une touche de fantasy dans un condensé de fantaisie. Par rapport au précédent tome, la traduction est différente et au-delà des choix éditoriaux le texte est truffé de plus de grossièretés, les personnages plus nombreux laissent moins de place à Bill, le récit parait toujours autant improvisé, le fond de l’histoire devient de plus en plus confus, mélangeant ironie et second degré, références au communisme et au nazisme, à la Gaule et à l’Empire Romain, délivrant pêle-mêle des messages sur la nature belliqueuse de l’être humain, l’impérialisme et l’esclavagisme, le racisme et l’intégrisme religieux, le sexisme, l’opportunisme et la soif de pouvoir, arrivant à la conclusion que l’armée rend idiot. La narration a perdu le peu de subtilité du premier livre pour se vautrer dans un développement épileptique voué au divertissement dans une totale absence de sérieux déstructurante, à base de blagues faciles et de personnages caricaturaux dans une foire à l’empoigne qui part dans tous les sens.

Bill le héros galactique – Harry Harrison

Bill est un paysan un peu simplet, forcé à s’engager dans l’Armée Impériale pour combattre les Schlingos à tête d’alligator.
Cette parabole futuriste est transparente au niveau socio-politique en confrontant le héros naïf à une réalité qui le dépasse, des enjeux à l’échelle de l’espèce qui lui semblent abstraits, dictés par une élite invisible. Le but de cette farce galactique est de dénoncer l’absurdité de la guerre dans un mécanisme d’aveuglement généralisé et d’escalade impérialiste. Ces aventures mouvementées mènent Bill sur Hélior, ville-planète où siège l’Empereur et centre de cette civilisation totalitaire, paranoïaque, boursouflée et ankylosée, l’occasion de se confronter à l’injustice et à l’absurdité, à l’écrasement de l’identité et la perte de repères. La question écologique fait alors surface et rejoint l’éloge philosophique de la simplicité, emblématique de l’œuvre de Clifford D. Simak, identifiant l’intelligence comme un risque et l’amour de la guerre comme le caractère d’une société non civilisée, et c’est sous la forme d’un comique surréaliste qui semble parfois improvisé et daté que Harry Harrison délivre son message anti-militariste et écologiste.

Le rat en acier inox se venge – Harry Harrison

Quelques mois plus tard, Jim la Glisse est marié à Angelina enceinte et guérie de sa psychopathie, ce qui met fin à une nouvelle cavale loin de l’Agence. Il est tout de suite chargé d’enquêter sur Cliaand dans une société sécuritaire paranoïaque à l’origine d’une conquête galactique guerrière.
L’aspect polar noir et l’ambiance qui en découle ont preque disparu pour laisser place à l’infiltration et l’espionnage avec l’exubérance attendue dans des plans complexes. Jim la Glisse s’immerge dans la hiérarchie militaire d’une sorte de régime nazi, se fait arrêter et goute à la torture mentale. Parmi une action décousue, le bellicisme et l’expansion militaire, avec des méthodes d’ingérence et de colonisation brutale, sont dénoncés, incarnés par Kraj, grand méchant assez insipide. La plus grande partie de l’histoire se déroule sans présence féminine et son retour à la fin brille par la caricature faite de gloussements et de docilité, perdue entre le second degré et l’ironie. Le premier choix difficile à comprendre est d’avoir escamoté Angelina dès le début, brisant la continuité des tomes qui deviennent bancals. Ensuite le personnage principal est devenu plus sexiste, l’ambiance est moins sombre, le contraste est frappant avec le précédent livre, le premier était déjà assez lunatique et le second ne fait rien pour rééquilibrer l’ensemble. Mais l’ambition n’est pas là, plutôt dans la surenchère d’un amusement anarchique où le anti-héros devient simplement un héros massif, un joueur d’échecs débordant de fierté.

Le rat en acier inox – Harry Harrison

James Bolivar diGriz alias Jim l’Anguille est un voleur qui a du panache et n’a jamais accepté une société policée et génétiquement façonnée. Lors de son dernier coup il est arrêté par Inskipp et engagé de force dans la Brigade pour traquer des vrais criminels, des meurtriers.
Le côté polar sombre à la première personne est contrebalancé par sa transposition dans un contexte science fictif d’une exubérance confinant à la comédie avec le anti-héros un peu dépressif et une galerie de personnages exagérés comme des archétypes, avec des gadgets et des concepts scientifiques, avec peu de soucis pour la crédibilité, la cohérence et la profondeur du récit, entérinant la dimension divertissante de ces aventures au rythme soutenu, à la frontière de la fantasy et du space opera aux descriptions de voyages raccourcies. Jim l’Anguille n’a de cesse de projeter des plans complexes que seule Angelina, femme fatale et criminelle de génie dérangé, peut contrecarrer, unique figure féminine du roman qui devient une obsession pour lui entre attraction et répulsion. Cette fibre psychologique est développée jusqu’à une fin abrupte qui appelle une suite.