Les cadavres ne font pas de cinquième colonne – Fredric Brown

Dans Étranges sœurs Strange, le détective Carey Rix est engagé par les soeurs Clarice et Dorothy Strange craignant d’être assassinées. Cette courte nouvelle s’inscrit dans du polar minimaliste et s’appuie sur l’intuition de l’enquêteur laissant le coupable se révéler et traversant une phase d’action avant la révélation finale.
Dans Les cadavres ne font pas de cinquième colonne, Harley Williams découvre que sa femme Molly a vendu pendant son absence de leur animalerie à Otto Garson un biologiste des souris blanches teintes en gris par ses soins. Dans une allégorie loufoque du jeu du chat et de la souris, la situation dérape totalement, Garson est un espion trop bavard qui a trouvé le moyen par l’injection d’un composé chimique de changer les souris grises en souris blondes comme l’est la famille Williams prise en otage avec la complicité de son acolyte patibulaire nommé Katz.
Dans La mort et les neuf vies, le détective Jerry Jackson pense avoir repéré l’escroc et tueur Calvin E. Vernal après plusieurs jours d’enquête intensive. La tension est palpable dans la confrontation entre le criminel retors et le justicier débrouillard qui adoucit la noirceur du récit par son amour pour sa chatte Mirabelle.
Dans Murmures de mort, Slim Wilson est un journaliste sportif qui doit annoncer à un ancien boxeur alcoolique Packy Terris la mort de son chien Uppercut écrasé par une voiture. Slim en bon samaritain remonte la chaine de causalité de la situation sordide du champion devenu suicidaire et rencontre à cette occasion une femme qui lui correspond vraiment.
Dans Bière pour tout le monde, Slim est chargé d’écrire un article sur l’enterrement de deux malfrats et se retrouve pris en étau entre le gang d’Augie Wheeler et Frankie Sorrent qui s’est échappé de prison pour assouvir sa vengeance. Cette histoire devient vite éprouvante pour le héros journaliste mais se résout par son pragmatisme et surtout par une chance inespérée.
Dans Herbie se laisse mener par son intuition, Herbie Austin en tant qu’employé du Bureau d’Aide Sociale remarque un chariot de vivres s’engouffrant dans une propriété non inscrite au programme puis s’arrête devant une banque qui vient d’être braquée. L’intuition d’Herbie et son amour pour sa femme le poussent à un manque de prudence et dans une situation critique finalement surmontée avec courage.
Dans Ça va saigner, Henry Minton est un comptable un peu rêveur qui malgré sa certitude d’être innocent est accusé du meurtre d’un de ses patrons. Il finit par s’affirmer et se sert d’une logique implacable pour confondre le coupable d’une manipulation intéressée.
Dans Le cirque dans le sang, Jerry est un simple employé terrifié par les grands félins qui assiste à l’attaque d’un lion sur son dompteur Hank. Le modeste personnage principal éclaire par ses déductions la rivalité cupide installée par Earl Wilkins l’autre dompteur et beau-frère de Hank, puis réussit à prendre confiance face à sa peur des bêtes féroces.
Dans Le Blues du Poivre Rouge, le journaliste Eric Horne est témoin d’une pantomime de règlement de compte destinée à le discréditer dans le métier qui se révèle être un véritable meurtre. Grâce à sa mémoire et son subconscient, Eric parvient à dénouer un complot au-delà des apparences.
Fredric Brown a sa méthode pour colorer sa base de polar noir avec une bonhommie jubilatoire, une introduction aux éléments incongrus qui préfigurent la résolution de l’histoire, un protagoniste principal qui se surpasse et aide sincèrement des personnes dans le besoin, une opposition manichéenne garantie par des méchant patibulaires, un vrai penchant pour l’alcool et la bagarre, un amour immodéré pour les animaux, la promesse d’une vie conjugale épanouie et un humour omniprésent qui grince et dédramatise. Les nouvelles sont courtes et efficaces, détricotent avec malice les manipulations alambiquées grâce à un mélange d’instinct et de rationalité.

Fantômes et farfafouilles – Fredric Brown

Dans Vilain, Walter Beauregard, à la libido en berne, invoque un démon pour y remédier et se retrouve affublé d’un short de bain argenté revigorant.
Dans Abominable, Sir Chauncey Atherton part dans l’Himalaya pour sauver la star de cinéma Lola Gabraldi des griffes des Abominables Hommes des Neiges.
Dans Rebond, Larry Snell découvre qu’il peut imposer sa volonté à n’importe qui par la parole, jusqu’à exiger la mort instantanée d’une personne, un Pouvoir euphorisant qui fait enfler dangereusement son égo.
Dans Cauchemar en gris, pour un grand-père amnésique l’amour pour sa femme revit.
Dans Cauchemar en vert, un homme est devancé par sa femme pour demander le divorce.
Dans Cauchemar en blanc, un homme est censé dormir dans le salon de l’appartement de sa belle-sœur célibataire, alors qu’avec sa femme elles sont dans la seule chambre.
Dans Cauchemar en bleu, Fredric Brown démontre la nécessité d’apprendre à nager.
Dans Cauchemar en jaune, un escroc veut tuer sa femme et disparaitre dans la nature à l’instant même de son quarantième anniversaire.
Dans Cauchemar en rouge, un homme vit l’Apocalypse après un épisode sismique.
Dans Malheureusement, Fredric Brown illustre les problèmes de compréhension entre espèces intelligentes.
Dans L’anniversaire de grand-mère, Wade Smith se retrouve piégé au sein d’une famille soudée.
Dans Voleur de chats, le coupable confesse un mobile surprenant et insoluble.
Dans La maison, un homme erre dans la maison de ses souvenirs où règnent la mort et la fatalité.
Dans Deuxième chance, des androïdes rejouent des parties de baseball 500 ans plus tard, les humains ayant disparu.
Dans Les grandes découvertes perdues, Archibald Praeter découvre l’invisibilité mais constate à ses dépends qu’elle est inopérante dans la nuit noire, Paul Hickendorf atteint l’invulnérabilité enfermé dans un champ de force portatif et reste piégé sans air, Ivan Ivanovitch Smetakovsky a trouvé le secret de l’immortalité mais l’utilise quand il est très malade pour le rester indéfiniment, panorama uchronique d’une histoire avortée de la technique humaine.
Dans Lettre morte, un tueur voit double et son cœur ne le supporte pas.
Dans Hymne de sortie du clergé, la métaphore faite d’une armée en pleine guerre et de pièce d’échec questionne sur le sens du manichéisme et sur la liberté individuelle.
Dans Marotte, un pharmacien escroque des maris qui veulent empoisonner leurs femmes.
Dans L’anneau de Hans Carvel, un vieil homme marié à une jeune femme obtient dans un rêve de la main du Diable un moyen pour empêcher son infidélité.
Dans Flotte de vengeance, une boucle temporelle est créée par le bellicisme humain, une escalade inextricable court-circuitant le principe de causalité.
Dans La corde enchantée, une femme tente de réveiller la virilité de son mari à l’aide d’un tour de fakir.
Dans Erreur fatale, un tueur tête-en-l’air simule un cambriolage chez son oncle à éliminer pour brouiller les pistes.
Dans Les vies courtes et heureuses d’Eustache Weaver, un inventeur utilise une machine à voyager dans le temps pour s’enrichir mais tombe sur un policier temporel.
Dans Expédition, le Capitaine Maxon reste une légende dans l’histoire de la colonisation spatiale pour avoir mené un équipage uniquement constitué de femmes.
Dans Barbe luisante, malgré son super-daltonisme, c’est sa curiosité qui a perdu une femme découvrant qu’elle est mariée à un espion vénusien.
Dans Jicets, la parthénogenèse ressemblerait à l’Immaculée Conception.
Dans Contact, les humains ignorent une ancienne forme de vie intelligente sur Mars dans une occasion manquée d’étudier la planète.
Dans Mort sur la montagne, un ermite meurt et la nature suit son cours.
Dans Comme ours en cage, Quinby est un magicien qui a sauvé sa femme tombée dans la fosse aux ours d’un zoo, la transformant en plantigrade.
Dans Pas encore la fin, deux extra-terrestres cherchent des êtres à utiliser comme esclaves et évaluent le potentiel de la Terre, l’humanité est sauvée grâce à une confusion.
Dans Histoire de pêcheur, Robert Palmer parvient à se marier avec une sirène à la faveur d’un sacrifice pour gommer leur différence.
Dans Trois petits hiboux, une sortie diurne leur montre les dangers hors de leur abri.
Dans Faux-fuyants, un Tyrannosaurus Rex est affamé, en chasse pour se confronter à un autre grand dinosaure mais seuls des petits animaux l’entourent hors de portée.
Dans L’assassinat en dix leçons faciles, Duke Evans est un délinquant qui gravit rapidement les échelons et finit par bien comprendre, à ses dépends, la nature du crime.
Dans Sombre interlude, un visiteur du futur débarque dans une petite ville et se marie rapidement avec une femme, mais il a du mal à vraiment s’intégrer.
Dans Entité-piège, un être immatériel se retrouve piégé dans le corps de John Dix, un militaire tué lors de la guerre sino-américaine au début des années 80. Guidé par la nature spirituelle de Dix, l’Étranger réalise le potentiel de son hôte en devenant un dictateur impitoyable. Cette anticipation exprime une angoisse face au totalitarisme et à l’impérialisme militaire, l’universalisme ne devant pas être imposé. C’est une nouvelle politique et métaphysique sur l’expression des pires penchants humains à travers un pouvoir individuel absolu.
Dans Petit agnelet, un peintre inaccompli est prisonnier de sa jalousie dans une psychose paranoïaque mortelle.
Dans Moi, Flapjack et les Martiens, un âne alcoolique, kleptomane, vantard et découvreur de filons minéraux est la première créature terrestre à communiquer avec des Martiens.
Dans La bonne blague, un représentant en farces et attrapes en déplacement manque de discrétion avant de rejoindre sa maitresse mariée.
Dans Dessinateur-humoristique, Bill Garrigan peut enfin vivre de son métier et devenir célèbre chez des extra-terrestres.
Dans Les farfafouilles, Sam Walters est obnubilé par des poupées offertes à sa fille Aubrey qui symbolisent sa famille et leur destin.
Dans F.I.N., la symétrie du texte montre un reflet à rebours.
Les textes sont très courts dans l’ensemble, leur simplicité est riche et pousse à la réflexion dans la grande tradition des nouvelles de science fiction avec une touche de fantastique, une volonté de questionnement moral, un humour noir euphorique n’ayant pas peur du ridicule, typique de l’époque, et des idées d’une inventivité judicieuse.