Le trône noir – Roger Zelazny / Fred Saberhagen

Depuis son enfance, Edgar Allan Perry rejoint son semblable Edgar Allan Poe et Annie dans un territoire onirique. Perry est projeté dans une réalité parallèle et se lance à la rescousse d’Annie enlevée sous ses yeux.
Cette fantasy d’aventure presque féérique est avant tout une variation symbolique pleine d’humour sur Poe, son œuvre et plus précisément son essai Eurêka. Incarnation transposée des idées de Poe, cette quête s’appuie sur la multiplicité des mondes et leur relativité dans une unicité sécable. L’aventure palpitante de l’alter ego parallèle de Poe fait le contre-poids de la dimension biographique d’alcoolisme et de dépression mortifères, d’où surnagent les traumatismes de l’enfance et l’absence douloureuse féminine et parentale. Cette autre réalité est propice à la magie, peuplée de personnages grandiloquents dans un 19e siècle habité par l’œuvre de Poe, du singe à l’Amontillado. L’histoire est subtilement teintée d’émotion dans la lutte de Perry contre le temps et le prédéterminisme, la tempête métaphysique et ontologique, dans un hommage à l’imagination et à la beauté artistique, toujours à la limite du steampunk et de la piraterie, épopée dans une mousse cosmogonique et hypnotique, un chapelet de bulles oniriques à la causalité sérieuse. Ce livre est d’une ambition folle, par une sémiologie démente et une logique formelle transcendante, opérant le mariage alchimique entre science et poésie, expression subjective d’un infini objectif, trajectoire tragique d’un univers aux sombres échos et écoulements fantastiques.

Engrenages – Roger Zelazny / Fred Saberhagen

Donald BelPatri mène une vie insouciante jusqu’à son désir de présenter Cora sa nouvelle ami à ses parents. Il se rend compte que sa tête arborant des cicatrices inexpliquées est bourrée d’amnésie et de faux-souvenirs. Recouvrant lentement la mémoire, il se souvient de son ancien employeur et constate son don d’empathie avec les machines informatisées.
Débutant comme un thriller paranoïaque, une action nerveuse s’immisce avec les pouvoirs paranormaux des anciens collègues de Don mais le récit se focalise sur la dimension psychologique de son réveil et sur son propre talent par des séquences cyberpunk d’un symbolisme métaphysique. A aucun moment le surnaturel cède à l’exubérance totale et il plane plutôt un sérieux assez sombre, un questionnement sur l’éthique et la dictature éclairée. Au-delà du socle classique du réveil de l’homme hors du commun dans une dystopie despotique, c’est cette symbiose informatique poétique et très visuelle qui donne de l’intérêt à cette histoire synesthésique de hacking et de furtivité, de libération et de nouvelle chance.