Les noces de la renarde – Floriane Soulas

En 1467 au Japon, Hikari est une déesse métamorphe qui vit avec ses sœurs dans un clan à l’écart dans les montagnes et transgresse un tabou en s’intéressant aux humains qui bucheronnent. En 2016 à Tokyo, Mina est une lycéenne capable d’interagir avec les esprits, fantômes et démons. Une entité la harcèle dans son sommeil alors qu’elle enquête sur son père décédé, à la rencontre de yokaïs aussi inquiétants que malicieux.
La quête d’identité de Mina est aussi une enquête paranormale dans un théâtre surnaturel superposé à la réalité, où les époques se tiennent dans un dialogue entre la nature et la civilisation humaine, où la poésie mystique, la noirceur métaphysique et la violence animale s’entremêlent dans le destin d’une lignée, les répercutions séculaires d’un conflit magique. L’atmosphère est presque exclusivement féminine, l’histoire étant centrée sur les personnages des sœurs, sur Mina et son entourage alors que les hommes sont comme absents. C’est une littérature qui s’adresse à la jeunesse, pleine d’émotion et de sensibilité, mais sans se priver de frénésie sanguinaire, dans une ambiance un peu manga, misant sur l’inquiétante étrangeté des récits de fantômes, sur l’humanisation et le zoomorphisme des esprits, la spiritualité atavique et une sensiblerie touchante dans une narration de l’intimité et des blessures secrètes. En arrière-plan se déroule une lutte entre la liberté individuelle, le rejet de la famille et le poids des traditions pour permettre un amour malgré la différence. L’action lie les émotions avec la violence psychique et la brutalité physique, entre possessions et meurtres. Les faux semblants, l’onirisme et les réalités qui se confondent, composent une incertitude et une fluctuation de la moralité des personnages secondaires mystérieux. Un aspect mythologique apparait dans cette fresque avec la cohabitation des dieux et des humains dans des destins sentencieux.

Rouille – Floriane Soulas

Violante est une prostituée amnésique à Paris à la fin du 19e siècle, enchâssée et proposée à la haute société dans une maison de passe. Alors que des enfants et des travailleuses de la rue sont massacrés, elle tente de suivre la piste de ses origines malgré le danger. La société est très inégalitaire, violente, et le contexte de civilisation est ostensiblement steampunk avec colonisation de la Lune, prothèses mécaniques, zeppelin et lunettes d’aviateur. Violante veut à la fois venger le meurtre sauvage sur le trottoir de sa seule amie et retrouver la mémoire pour se libérer de sa condition d’esclave. Et il y a aussi cette drogue terriblement addictive, la rouille, qui fait revivre les souvenirs…
L’histoire de ce polar est linéaire, dans laquelle se débat une héroïne attachante par sa fragilité, entourée de violence et cherchant un passé chaleureux. Le côté steampunk est prégnant par la mode vestimentaire et la technologie dans une ambiance sombre à la 1900, sexe, drogue et meurtres pour un message socio-politique assez simple de libération du peuple face à la caste dominante, ce qui est cohérent. Subtil et agréablement suranné, le livre évite l’écueil de la littérature jeunesse de peu, grâce à une certaine noirceur en plus d’une action hargneuse. La référence à Dr Jekyll et Mr Hyde amène un éclairage scientifique à l’uchronie et une personnification de la décadence.