Les voleurs d’organes – Dominique Brotot

Jean Oustric, ancien chirurgien, et Alan Schmidt, employé d’une entreprise de biotechnologie, sont condamnés à la prison pour espionnage industriel. Lors de leur transfert, le transport est attaqué, Jean est enlevé par un inconnu et Alan continue sa route inchangée vers sa geôle, leurs chemins se séparent mais s’enfoncent dans le monde extérieur à leur enclave privilégiée.
Cette science fiction dystopique s’applique à décrire une société d’ostracisme et de cynisme, la nature dévastée et un peuple qui s’est adapté. L’aspect spirituel et surréaliste, entre chamanisme et toxicomanie, donne une touche de fantasy d’aventure ethnologique totalement hallucinée. Au centre se retrouve Ken Wolfe le directeur de prison dans le rôle du savant fou vers lequel converge la double narration, et soudain à la moitié du livre une troisième ligne dans l’histoire surgit, se révélant être la suite de Penta par l’apparition de Greg, Marlène et Joe l’Indien qui débarquent dans une situation déjà bien complexe. C’est un roman qui ne manque pas d’ambition, d’une vivacité iconoclaste et d’une densité appréciable, récit d’un soulèvement vers la liberté dans une civilisation décrépite habité par une galerie de personnages déjantés et un esprit gore assez calme qui cède du terrain à l’horreur biologique, une ambiance trash un peu diluée dans le foisonnement narratif.

Neurovision – Dominique Brotot

[13/12:24] En tant que journaliste indépendant Tom Hopkins assiste à une performance artistique crée par Jill Page, tableau vivant qui se termine en meurtre et suicide. Alice Godsend, petite amie de Tom et peintre, est embauchée par le professeur Harryman et devient la collègue de Jill pour tester une machine inventée par le psychologue qui projette sur écran les pensées et les images mentales de l’utilisateur.
Le fond science-fictif repose sur un savant fou et sa découverte qui fait évoluer une sorte d’ardoise magique en instrument de manipulation de la réalité, dans un esprit cyberpunk léger et une ambiance très psychologique flirtant avec l’esprit de l’Art, ce qui est projeté dans l’acte de création et de destruction. Comparé à Penta, ce que gagne Neurovision en ouverture et complexité lui fait perdre en densité mais pas forcément en intensité, les scènes gore étant bien là dans des tableaux d’horreur cristallisée. Le contexte socio-politique de dystopie est toujours présent, un peu plus développé que dans le précédent roman en insistant sur les querelles ethniques. A cet égard Neurovision semble se situer avant Penta dans la chronologie d’une société en cours d’effondrement. Ce récit est la chronique d’un combat psychique entre deux femmes aux conséquences matérielles, ajoutant une sorte de magie au thème de la relation entre humain et machine, ne renonçant jamais à installer une dimension trash dans des scènes d’une cruauté extrême.

[17/05/23] Tom Hopkins, un journaliste indépendant, se rend à une performance d’art corporel créée par Jill Page, une artiste réputée, sous la houlette du Professeur Harryman, psychologue et inventeur d’une machine à matérialiser les images mentales. La représentation se termine en boucherie et deux jours plus tard, Alice Godsend, petite amie de Tom, répond à une annonce pour des recherches sur la créativité.
Le savant fou et l’artiste sans limite sont convoqués pour une matérialisation inhumaine de la machine comme parasite du corps et de l’esprit, pour constituer un tableau brut et mouvant de la vie et de la mort, une expérience totale par procuration. La tension et l’ambiance mystérieuse font de ce roman un thriller cyberpunk sanglant dans lequel des psychopathes, grisés par la toute-puissance maitrisent une technologie qui permet de contrôler un humain ou une machine à distance. Le côté technique est en retrait, laisse la place à une télékinésie magique, un pouvoir de l’esprit qui modifie instantanément la réalité, une incarnation abstraite via un médium matériel pour déboucher sur une horreur surnaturelle pleine d’action.

Penta – Dominique Brotot

[12/12/24] Greg se réveille au cœur de Penta, complexe militaire souterrain, et décide de s’évader avec l’aide de Grégoire, sa seconde personnalité connectée au réseau informatique de l’enclave. Le colonel Creek, responsable de la sécurité du site, en fait une affaire personnelle.
Cette science fiction se focalise résolument sur une action nerveuse et un contexte cyberpunk d’infiltration et de contre-surveillance dans un déploiement linéaire du récit vertical par cette remontée vers la surface étage par étage et horizontal par cette course vers la liberté, avancée frénétique nuancée par l’amnésie du protagoniste, sa quête d’identité et la profondeur psychologique des personnages dévoilée par des flashbacks. C’est un duel au sommet entre le génie inconscient de Greg et la fierté blessée de Creek, bataille titanesque entre deux monstres au sein d’un huis clos sanglant et oppressant. Greg et Creek charrient chacun un acolyte qui brouille le statu quo de la confrontation et déséquilibre ponctuellement l’antagonisme, compagnons d’infortune et d’ultraviolence, et le roman n’est pas tendre avec tous les personnages par ses explosions de douleur et ses sursauts gore dans des scènes marquantes et une ambiance survoltée de drogue, d’implants cybernétiques et d’interfaces virtuelles, de désordre psychologique qui apporte un côté trash à l’histoire.

[05/09/22] Dans le Q.G militaire des États-Unis morcelés à Washington se trouve un amnésique schizophrène, Greg qui est un joueur d’échecs fou et Grégoire qui maitrise les réseaux informatiques. Son but est de s’enfuir de ce complexe censé être hermétique, surveillé et administré par l’armée. Il prend un otage pour l’aider pendant que le Colonel Creek, responsable de la sécurité au corps synthétique, sent la situation doucement lui échapper. Greg(oire) déplace ses pions en changements d’identité, infiltration physique et logicielle, meurtrier sans pitié.
La science fiction de pure action se nourrit du cyberpunk avec cette dualité psychique et matérielle dans un face-à-face programmé, un duel de stratèges à la Shadowrun, un huis clos ultraviolent, un labyrinthe létal. Le rythme ne faiblit pas une seconde, les rebondissements sont constants dans une frénésie de testostérone et de folie.