Texto – Dmitry Glukhovsky

Ilya a purgé sa peine de prison et rentre chez sa mère à Lobnia dans la banlieue de Moscou. Il est de retour après 7 ans de souffrance pour rien, pour une fille qui n’en valait pas la peine, pour un sachet de cocaïne dans sa poche qui ne lui appartenait pas, pour un policier corrompu et zélé, pour une justice fantomatique comme une formalité, et pour retrouver l’appartement vide car sa mère vient de mourir. Il retrouve un soir le policier détestable à l’origine de son enfermement et le tue, le largue dans les égouts et récupère son smartphone. Ilya vit alors par procuration en essayant de se sauver, de cacher son crime à coup de textos.
Dmitry Glukhovsky pratique un humour désabusé où le ridicule et l’inconcevable forment la norme, le fond du roman est clairement journalistique, l’illustration d’un enfer ordinaire entre la misère d’un pays et la décadence d’une capitale. L’acceptation de l’injustice et la réinsertion sont impossibles, le pardon et la lutte contre la prédétermination encore moins. Ilya plonge dans une spirale temporelle d’égocentrisme, de solitude et de culpabilité sur un fond de cocaïne neigeuse. Le récit est d’une profonde noirceur, dans une ambiance schizophrène, frôle la superposition des personnages, l’expression d’une empathie désespérée pour dénoncer l’injustice d’une société dédiée au plus fort, d’un système carcéral insensé qui promeut la bassesse pour une survie fragile, où tout petit pouvoir est un atout jalousé. Même dans la crainte d’un jugement divin, la culpabilité s’impose de fait, l’humanité infeste le monde et détruit l’innocence dans un engrenage, un processus de déliquescence qui hypothèque l’avenir.

Nouvelles de la mère patrie – Dmitry Glukhovsky

Au travers de ces nouvelles satyriques Dmitry Glukhovsky ridiculise et dénonce les difficultés de la vie en Russie. L’avidité étatique pour le sous-sol occasionne le contrôle de la recherche géologique en faveur de cette énergie venue de l’enfer, gaz ou pétrole, et au détriment des sciences. Il y a aussi le sempiternel problème du travail forcé des étrangers pour amasser des fortunes, et à l’opposé les nouveaux riches qui se vautrent dans la futilité. L’art est contrôlé avec censure et pression sur la création, toute opposition est supprimée, la télévision est vitale pour l’endoctrinement.
Le propos est d’abord très réaliste, montrant les dérives de tout régime totalitaire par des trajectoires personnelles tiraillées. La science fiction et le fantastique ne sont là que pour révéler l’absurdité de la situation politique, économique et sociale, dans une projection sarcastique d’un système incapable de gérer la corruption, l’alcoolisme et la nostalgie d’une machine malade qui malaxe le mental. Ce mélange journalistique et décalé peut faire penser à la science fiction française des années 70, engagée et caustique.