
Mr. Square est un carré qui décrit Flatland, sa contrée en deux dimensions, la perception qu’il en a au ras du sol, et interagit avec l’auditoire lisant ce livre. L’ensemble du texte d’Edwin A. Abbott est conservé mais adapté via quelques coupes et rajouts pour épouser une forme de narration proche de la bande dessinée.
La première partie développe donc une discussion entre les phylactères de Mr. Square et les cases attribuées à la mise en abyme du lectorat, contrairement au discours à sens unique du début du roman, et le petit plus bienvenu réside dans les traits d’humour disséminés parmi le foisonnement graphique à travers des commentaires qui modernisent l’approche sans la dénaturer.
La structure du récit reste cependant identique dans la présentation des habitants de Flatland et du système sociopolitique rigide, de son histoire mouvementée, de sa conception de l’irrégularité géométrique et de la déviance angulaire, de l’intolérance envers les femmes qui sont des lignes et autres figures contondantes, de l’emprise politique nourrie par les castes et aboutissant à la pratique de l’eugénisme, de la peine de mort et de la réadaptation formelle discriminatoire et arbitraire.
Les illustrations apportent une continuité visuelle à peu près absente du roman originel, permet de visualiser avec luxuriance l’environnement, de concrétiser dans le détail le propos abstrait et fixe avec justesse les passages colorés, mais surtout dans la seconde partie le graphisme montre tout son intérêt dans la révélation analogique de la quatrième dimension, déployant l’initiation à l’allégorie de la Caverne de Platon par la dissipation de l’aveuglement, le passage de l’obscurantisme institutionnalisé à l’affirmation de l’esprit critique et scientifique.
Cette magnifique édition complète à merveille le roman en mettant à jour la théorie et présente l’intérêt de rendre moins aride le contenu, de bien insister sur l’aspect philosophique et sociopolitique, de rendre claire la projection d’une dimension à l’autre, jusqu’à un hypercube en mouvement via un QR code et la représentation de la dixième dimension, mais aussi de gommer le pessimisme de la conclusion de l’histoire d’origine.