Jason et la conquête de la Toison d’or – Christian Grenier

Christian Grenier présente ici sa propre version d’un récit maintes fois recomposé, source fondatrice de ce que deviendra la fantasy et odyssée antérieure à l’œuvre de Homère. Cette histoire est avant tout une quête d’identité, un « connais-toi toi-même » dans une révélation brutale pour Jason d’une tragédie familiale, son oncle ayant usurpé le trône de son père après avoir égorgé sa mère et ses frères. Ces prémices sanglantes n’altèrent en rien l’éducation de Jason pourvue par Chiron le centaure et sa seule motivation consiste à restaurer l’honneur de son père et rendre justice. La particularité de l’épreuve à l’origine de l’aventure tient dans le fait qu’elle ne lui est pas imposée, Jason veut affirmer son courage dans une défiance envers un monde figé quitte à cheminer à l’encontre des conventions divines. Mais des divinités appuient sa démarche et l’équipage de l’Argo se constitue autour de demi-dieux et de héros, d’une cinquantaine de personnages hétéroclites peu mis en avant. Une dimension incongrue plane sur cette aventure, symptomatique de l’Antiquité et similaire à certains passages bibliques ou de la Rome antique, qui déploient non seulement une sauvagerie comme le crime inaugural de Pélias, mais aussi un flottement éthique difficile à appréhender, d’autant plus pour des enfants, comme le comportement des femmes de Lemnos, et encore mieux avec la figure plus que contrastée de Médée qui cumule ces deux traits de perversité et incarne une sorte de personnage horrifique dans un conte destiné à terroriser la jeunesse. Christian Grenier se démène avec un matériau brut qu’il raffine comme il peut, démarche qui trouve son apogée dans l’épisode du massacre des Dolions d’une magnifique intensité émotionnelle.

Les Héros de la Grèce antique – Christian Grenier

En douze chapitres et autant de figures héroïques dans les domaines de l’art, de la philosophie, de la politique et de la guerre, l’histoire devenue légendaire de la Grèce antique est tissée chronologiquement dans un entrelacs de données historiques et de motifs romancés pour rendre les mythes vivants et les habiller de dialogues plausibles. Christian Grenier s’en explique à merveille dans sa postface pleine d’honnêteté intellectuelle.
Il débute cette plongée lointaine par l’incertitude de la question homérique pour enchainer sur la légende de la bataille de Marathon et de la course de Philippidès qui mène au barrage des Thermopyles. Ensuite le savoir est mis à l’honneur en concrétisant la démarche fondatrice par l’astronomie d’Anaxagore et introduisant la figure tutélaire de Socrate, en valorisant l’influence d’Aspasie sur Périclès, en interprétant le passage de témoin entre Socrate et Platon, en illustrant le dénuement de Diogène, en montrant la résilience de Démosthène puis en déployant l’exil d’Aristote qui le mènera à assurer l’éducation du futur Alexandre le Grand qui sombrera dans la décadence à l’image de la dilution d’un territoire immense dans une soif inextinguible de conquêtes. Enfin, un retour au rationalisme s’opère avec le calcul de la circonférence de la Terre sous l’impulsion d’Eratosthène et avec l’illumination à l’origine de la poussée d’Archimède.
Derrière la magnificence intemporelle de cette civilisation apparait dans ce livre une zone d’ombre constituée d’une réalité sociale loin d’être idyllique et d’un intégrisme religieux qui protège les traditions et répand l’intolérance, présentant des pistes de réflexion d’actualité, la promotion de l’autonomie de la pensée par la présentation des notions socratiques de la maïeutique et de l’allégorie de la caverne ou le divertissement suprême pour un jeune lectorat que constitue le cynisme de Diogène en tant que démarche totale d’humilité.

Le gouffre du diable / Les naufragés d’Orphée – Christian Grenier

Dans Le gouffre du diable, Étienne à 15 ans est en vacances chez ses grands-parents absents pour toute la journée du dimanche et Jo son ami de 18 ans passe le chercher pour une virée surprise, une expédition spéléologique dans le gouffre du diable, lieu de graves accidents un demi-siècle auparavant. Cette aventure imprudente ponctuée par un incident attendu apporte l’occasion de se familiariser avec l’hydrologie, la géologie et la spéléologie, en insistant sur la nécessité des conditions de sécurité basiques pour profiter des merveilles souterraines, malgré le dénouement heureux grâce au courage et à la jugeote du jeune héros.
Dans Les naufragés d’Orphée, Gil Lakmi à 19 ans part avec Maïa une robiole à bord du Lumi 13 pour secourir sur la planète Orphée l’équipage du Lumi 9 qui ne donne plus signe de vie depuis plusieurs mois. Au-delà de l’aspect space opera, de la dimension émotionnelle du sauvetage de ses parents, des éléments de robotologie et de la possibilité d’une romance entre humain et être artificiel, cette petite histoire science-fictive relie le premier récit au second, le présent à l’avenir, dans une mise en valeur des notions hydrologiques discrètement placées dans Le gouffre du diable et concrétisées dans le message écologiste qui clôture Les naufragés d’Orphée en expliquant l’interdépendance des éléments d’un biotope et en présentant la fragilité de l’écosystème de la Terre qu’il faut chérir aussi pour sa rareté à l’échelle cosmique, pour constituer un livre parfaitement adapté au milieu scolaire qui instruit et fait réfléchir tout en restant divertissant dans une belle démarche didactique.