Nos plus beaux effets 2

Dans Sang-froid de Émilie Ansciaux, une femme est agressée dans la rue juste avant d’arriver à son domicile et recueille un chat errant qui a assisté au drame. La justesse psychologique et la présence du chat enrichissent vraiment le récit, les mots sont choisis et certaines phrases brillent, apportant de l’efficacité à cette histoire de vengeance.
Dans En-dessous de Chris Anthem, en vacances avec sa femme et leurs deux filles un homme découvre sur la plage une trappe. Dans une atmosphère étrange se mélangent une identité fluctuante, une métamorphose menaçante et une ombre planant sur la génération qui aboutissent à une perspective science-fictive.
Dans Prisonniers de l’enfer de Peter Atkins, un passionné se lance sur les traces d’un film légendaire. Sous la forme d’une enquête et d’un hommage exalté au cinéma, un autre monde s’ouvre au bout du mystère, dans une mise en abyme surnaturelle.
Dans Trve scream de Bertrand B., un musicien amateur est invité sur l’enregistrement d’un album de métal extrême. Résolument gore, cette nouvelle s’amuse avec jubilation des postures et des clichés face à la radicalité d’un mouvement musical en proie à l’édulcoration commerciale.
Dans L’horloge de Sarah Buschmann, une fille avec un retard biologique se sent différente et ressent la pression de l’horloge. Le corps dissocié est charcuté, l’exigence sociale est étouffante, ce texte est psychotique, violent et froid.
Dans La photo de Caroline Carton, un homme se rend compte que son meilleur ami a sur son frigo une photo d’attraction avec des inconnus dessus. L’amitié conditionne cette histoire intense de petit train de l’enfer avec une notion de pénitence et de survie.
Dans Le masque de la mort lente de Morgane Caussarieu, une vedette des années 90 fonde une communauté fermée dans sa villa pour échapper au virus. Cette sécurité fantasmée n’est que vacuité, la mort finit par s’insinuer via un émissaire camouflé.
Dans A toutes les filles que j’ai saignées avant de Violaine de Charnage, un homme mordu par une chauve-souris un peu plus tôt va passer son samedi soir dans une boite de nuit. Derrière l’exercice de style consistant à placer des références musicales, l’écriture est pleine de d’énergie, sans limite avec une créativité déchainée digne d’une partie de jeu de rôle.
Dans Terminus de Paul Clément, un homme reprend conscience dans une rame de métro et constate que Paris est totalement dévastée. Cette boucle physique et psychique ressemble à un cauchemar post-apocalyptique aux retentissements métaphysiques.
Dans L’île de Christelle Colpaert-Soufflet, quatre amis se rendent dans un village de pêcheurs chinois pour retrouver la petite amie de l’un d’entre eux resté sans nouvelles de sa part. Ce témoignage gore d’une plongée dans un nid d’anthropophages est bien dynamique, cultivant un mystère fécond.
Dans Un ver, ça va… de Bertrand Crapez, une biologiste travaille sur un hybride d’un ver et d’un champignon permettant de contrôler le système nerveux d’un hôte infecté. Cette histoire de savant fou combine l’horreur biologique à une vengeance familiale.
Dans S.S. de Gilles Debouverie, un homme invente un dispositif qui permet de visualiser les traces résiduelles de la douleur sur une scène de crime et décide de l’utiliser pour revivre le meurtre de sa famille et identifier le coupable. Dans un fantastique sadique soucieux de l’aspect scientifique, cette quête de vérité est biaisée par un écho temporel vers un destin funèbre à l’ironie mordante.
Dans Effets papillon de David Didelot, Arnie subit les moqueries de ses camarades et décide d’opérer une transition chirurgicale pour devenir Annie. Cette nouvelle mêle intolérance atavique et idéologie libertaire pour donner naissance à une vengeance symbolique.
Dans Repas d’adieu de Claude Ecken, un mercenaire est sollicité par son amante qui le suit sur les champs de bataille, mère de son enfant et délaissée depuis qu’il s’est marié avec une autre femme. La construction du récit tout en gradation permet de dévoiler progressivement une horreur sordide dans une sorte de huis clos aéré par une mise en situation appliquée et convergente, un faisceau de vengeance.
Dans Colocation indésirable de Jody Fournage, une étudiante emménage dans un immeuble aux habitants distants et commence à recevoir la visite d’un être terrifiant dans ses rêves. C’est une variation sur les thèmes de la maison hantée et du croque-mitaine qui installe une ambiance angoissante et entretient un mystère fécond à propos du lieu et de ses occupants.
Dans Oculaire de Mick Garris, un réalisateur sur le déclin est engagé pour tourner un film, perd un œil et constate une modification de ses perceptions. Dans l’ambiance des studios hollywoodiens à la fin des années 50, le narrateur expérimente la vision périphérique au-dessus du rebord de son nez dans une perspective vers une autre réalité.
Dans New kids on the flotte de Elmor Hell, une femme suit son mari et leurs deux filles sur une croisière. Elle cède à son envie de rébellion contrariée depuis son adolescence et symbolisée par sa passion pour Metallica, dans une décompensation et une libération de sa frustration.
Dans La magie du cinéma de Shaun Hutson, un cinéphile décide de rejoindre un club de cinéma pour apprendre la réalisation et prend la caméra pour filmer des séquences porno et des tortures simulées. Une gradation se déroule devant l’œil naïf du protagoniste et aboutit à un glorieux final lovecraftien.
Dans Bouche d’enfer de Frédéric Livyns, Sandra est une collectionneuse de verges conservées dans un bocal qui se rend à un nouveau rendez-vous pris sur un site de rencontre. Un retournement de situation assure une horreur toute science-fictive et pleine d’ironie.
Dans Le tout premier de John A. Russo, à son retour de la Guerre du Vietnam Roger Dowman devient un tueur en série puis un monstre diabolique à l’origine d’une épidémie de morts-vivants. Cette nouvelle reste ouverte, pourrait être l’introduction à un roman pour approfondir la dimension biologique et surnaturelle suscitée.
Dans Par effraction de Patrick Sénécal, un joueur invétéré pénètre par effraction dans une maison isolée afin de rembourser son créancier mais tombe sur cinq enfants manifestement séquestrés. Cette histoire de cambriolage raté joue avec un fantastique dimensionnel, se transformant en huis clos labyrinthique, en un piège spatio-temporel en plein cœur d’un enfer.
Dans Laisse tomber les filles de Olivier Vanderbecq, un homme trouve un travail dans les Landes puis rencontre en fin de saison une femme charmante avec un œil tatoué sur le genou droit et un réseau de lignes sur la peau. Cette nouvelle avance vers un piège d’une sorte de succube éthylique ou de lamie affamée dans une ambiance onirique puis cauchemardesque qui s’appuie sur un vertige perceptif.
Dans Méfie-toi de l’eau qui dort de Magali Vanhoutte, un couple de marginaux trouble la quiétude d’un camping. Une créature vengeresse incarnant l’esprit de la nature rend son jugement implacable face à l’ordure irrespectueuse.
La qualité globale du recueil est élevée, s’ancrant dans une modernité qui prouve la vitalité de ce genre littéraire et son adéquation avec l’époque, excepté pour la belle nouvelle de Claude Ecken et sa patine du 16e siècle, ainsi que celle de Mick Garris et ses références à l’âge d’or du cinéma.