Le Rayon Zen – Barrington J. Bayley

L’amiral Archier à la tête de l’Armada-Dix reçoit l’ordre, émanant du Haut Commandement de l’Empire humain du Diadème Galactique, de diriger sa flotte jusqu’au secteur d’Escoria pour mater une rébellion. Sur Terre, devenue une planète quelconque, Boudeur est une chimère, mélange génétique d’homme et de primates, créée et enfermée par Torth Nascimento dans son musée, libérée par un bienfaiteur attendri lors d’une inspection de routine et armée d’un étrange pistolet électrique après une visite à la section armurerie pendant sa fuite.
Le contexte d’un Empire immense permet au roman de s’inscrire totalement dans la tradition du space opera, avec une vraie ampleur politique et un biais technologique fondateur bien fourni. Cet Empire est en plein déclin, éparpillé et miné par une natalité humaine insuffisante, déséquilibré par une structure sociale similaire à la Grèce et la Rome antiques avec l’humanité génétiquement pure et indolente au sommet, débordée par les citoyens de seconde zone que sont les hybrides d’hommes et d’animaux intelligents mais dénués de créativité, et les robots caractériels en grève permanente à défaut de reconnaissance. Édité un an après Les diamants de la planète interdite, Le Rayon Zen en comparaison est plus ouvert, met en scène plus de personnages, remplace les conceptions philosophiques grecques par une spiritualité asiatique plus douce et surtout abandonne la noirceur profonde pour une légèreté de divertissement et un humour à la fois ironique et désabusé qui s’appuie sur la confrontation entre l’humanité décadente et l’animalité extravagante dans une ambiance surréaliste peuplée de femmes aux vieux visages sur des corps redevenus juvéniles et d’une grandiloquente ménagerie subalterne constituée par un éléphant, des porcs, des singes, des chiens, une belette et autres joyeusetés. Une grande différence avec le livre précédent se situe aussi dans l’implication autrement plus développée par Barrington J. Bayley au niveau des sciences théoriques, présentant longuement des extrapolations conceptuelles concernant le déplacement des vaisseaux dans des bulles superlumiques, le transfert de matière et d’informations à cette occasion et la conception non-newtonienne de la structure de l’univers et de l’espace-temps rendant virtuelles les forces d’attraction au profit des seules forces de répulsion au travers des lignes de récession, démarche motivée dans une postface euphorique de l’auteur. Le message derrière cette histoire réside toujours dans la dénonciation du pouvoir dictatorial, de l’impérialisme brutal et du colonialisme aveugle, à travers cette lutte symbolisée par l’automatic’zen qui prouve qu’un simple individu éclairé peut renverser un Empire.

Les diamants de la planète interdite – Barrington J. Bayley

Le capitaine Joachim Boaz est engagé pour convoyer une cargaison à destination d’Harkio. Gare Romrey a volé à un groupe de malfrats les coordonnées de la réapparition de Meirjain-l’Errante, planète aperçue et visitée une seule fois dans sa course erratique parmi les étoiles du Bouquet de brillants, et se rend dans la région d’Harkio où il rencontre Mace une esclave suicidaire.
Ce space opera, plus porté sur l’aventure que sur l’action, déploie un mélange riche de considérations philosophiques et de conceptions scientifiques, se positionnant à la fois dans le récit aux enjeux temporels et dans le cyberpunk. Le roman gravite autour de Joachim Boaz et sa quête, s’attarde longuement sur sa ligne de vie, sa jeunesse d’infirme rejeté et brutalisé, sa rencontre avec un colonnier qui lui permet de devenir un cyborg surpuissant et lui enseigne les principes de l’ataraxie face à la nature cyclique du monde, son expérience d’une douleur inhumaine lors de la tentative d’alchimistes de créer un feu éthéré qui tourne au fiasco et le dévore sans le tuer à cause de ses implants cybernétiques, sa reconfiguration en symbiose avec son vaisseau spatial et son désir d’acquérir les diamants temporels de Merjaine la Fabuleuse pour modifier son avenir. La rencontre avec les extra-terrestres à tête d’ibis permet de relativiser l’enseignement colonnier de la circularité du temps et du prédéterminisme, Joachim Boaz souhaitant briser la promesse de revivre son calvaire, alors que le gouvernement de l’Econosphère veut éviter tout changement dans la trame et les aventuriers opportunistes recherchent la richesse. Une profondeur certaine se cache derrière le divertissement, une spiritualité infuse la science fiction en dénonçant la vanité des hommes qui amalgament le microcosme et le macrocosme, appliquent aux individus les lois du cosmos et Joachim Boaz par une révélation émerge de la noirceur en transcendant sa malédiction d’une dimension mythologique, tout en gardant son ampleur mythique et en acquérant une sagesse existentielle d’un équilibre dynamique.