
Roy Emerson est un inventeur qui a fait fortune du jour au lendemain avec son Essuie-Glace à Ondes Soniques pour écarter les gouttes d’eau, convié à rejoindre le conseil d’administration de Parkinson’s, immense entreprise dans l’industrie du verre. Donald Craig a mis au point avec sa femme Edith une technique à base d’algorithmes pour escamoter la présence du tabagisme dans les anciens films et une grande société nippone s’intéresse à leur savoir-faire pour un grand projet. Jason Bradley est un plongeur qui a conservé une petite réputation dans le milieu des plates-formes pétrolières.
Les trois arcs narratifs vont se rejoindre et cohabiter dans le double projet parallèle du renflouement du Titanic brisé en deux pour le centenaire du naufrage et son exploitation commerciale, la proue pour le projet de l’ouest et la poupe pour celui de l’est. Les approches scientifiques des deux camps sont très différentes, abondamment étayées avec leurs lots de complications technologiques et écologiques, éthiques et politiques, insérant le récit dans une science fiction réaliste. Mais subtilement une dimension inhumaine infiltre le texte, par la réalité brutale géologique qui émerge et l’illustration anthropocentrique de la mort qui infuse, avec l’apparition en fond de la métaphore mathématique et géométrique de l’Ensemble-M basé sur l’équation de Mandelbrot. Le dessin du graphique de coordonnées forme l’empreinte de l’Univers, un territoire fractal vivant et clapotant pour mettre en valeur sa bordure évanescente qui touche à la racine de la poésie scientifique. Au-delà du titre du livre, de son déroulement concret et de sa couverture représentant un épisode anecdotique de Bradley effarouchant une pieuvre géante pourtant transcendée par l’Ensemble-M tachant l’œil du monstre, l’analogie élémentaire des conditions sous-marine et cosmique prend toute son ampleur dans la relation humaine à l’inconnu qui pousse à une humble fascination devant la vacuité matérialiste de l’espèce. Ce livre traversé par une certaine froideur dans de courts chapitres, une narration éclatée et un traitement impitoyable des personnages cache une ouverture cosmogonique et métaphysique d’une portée vertigineuse.


