Les héros s’en foutent – André Héléna

Jean Jérôme est relâché après quatorze mois passés à la prison de Clairvaux à cause d’Arlette sa régulière, retrouve Benoît Auguste l’adjoint du maton libéré le même jour que lui et qui attend le même train pour Paris, le saigne, fait disparaitre le cadavre au fond d’un étang et prend son identité.
Ce roman noir dès le début exsude une fatalité, le conditionnement de l’enfermement, l’espoir intermittent et sans grande conviction d’une éclaircie dans la trajectoire d’une vie biaisée par le déterminisme social et les décisions hâtives pleines de conséquences. Après plusieurs mois peinard à bosser dans un garage, il tombe par hasard dans un bar sur Arlette et replonge dans la passion physique, alors le temps devient maussade et jongler avec sa double identité devient compliqué quand celle endossée du macchabée attire des vieilles connaissances mal disposées qui occasionnent du grabuge et attirent l’attention de la police au moment où le corps dans l’étang est retrouvé. La situation devient vite ubuesque et tendue dans le milieu, le traqué devient le traqueur mais ne se transforme pas en héros pour autant, démontant le mythe du dangereux malfrat excitant, fantasme et fascination qu’incarne Arlette. Certains aspects du récit sont dans le prolongement de Le Bon Dieu s’en fout, le prédéterminisme et le choix inaugural fâcheux du protagoniste de se rendre là où il ne devrait pas se trouver, le vol d’une identité vraiment improbable et une sorte de désir inconscient de se faire attraper, la pluie et le brouillard, mais avec un peu moins de noirceur, de radicalité sombre et de solipsisme, avec plus de personnages, de dialogues, d’action et de lieux visités, plus d’humanité avec des femmes concrètes et une fin ouverte, l’évolution vers une littérature moins désespérée.

Le Bon Dieu s’en fout – André Héléna

Félix Froment est de retour là où il a grandi, après son évasion au bout de dix ans du bagne de Cayenne. Un cambriolage chez un bijoutier lui a permis de se procurer de nouveaux papiers sous le nom de James Morgan et un flingue. Dans son ancien quartier de la banlieue industrielle parisienne il retrouve le bar L’Étoile de mer qui fait pension et loue une chambre.
Ce roman noir à la première personne est un théâtre au décor glauque habité par une distribution patibulaire et cerné par un vent glacé charriant une pluie qui ne cesse de verser et d’étouffer une lumière pisseuse. S’installe alors un huis clos oppressant, sa fausse identité devient vite suspecte et la police commence logiquement ses recherches du fugitif dans son quartier natal. Il tourne comme un animal et son rapprochement avec Édith la bonne de l’établissement par son innocence le confronte à son enfance, ses parents et sa longue trajectoire de guigne, vie minable d’engrenages conditionnés par la génétique ou l’environnement, peu importe car l’injustice ressentie s’exprime dans le niveau social qui perdure chez les malfaisants, les riches s’en sortent et les pauvres s’enfoncent, dans une prédétermination sans mérite qui met Dieu hors-jeu. Cette force centripète qui colle le bougre à son lieu de naissance barre l’horizon fantasmé et transforme le voyage en torture, sauf le dernier dans l’immobilisme de l’effacement, dans un sursaut d’amour à défaut de la présence de Dieu diluée dans la causalité et son absence de sens à l’échelle de l’individu. Cette sombre histoire argotique décrit un après-guerre misérable où la filouterie pour une population à la destinée orageuse permet de survivre mais enferme dans un cloaque existentiel.