Nexus de feu – Alain Le Bussy

Ktyk est une monade qui s’ouvre au monde qui l’entoure, se nourrissant d’un nexus et découvrant les interactions avec son environnement. Carole Duquaisne est une journaliste stagiaire en vacances près du Barcarès où éclate une tuerie de masse. Elle réussit à franchir le périmètre de sécurité pour documenter le coup de folie des milliers de personnes qui se sont entretuées.
Adjoindre une science fiction abstraite et métaphysique à un polar fantastique apporte une ambiance de thriller d’épouvante aux implications transcendantes et mystiques, un questionnement primordial par-delà la morale. Bien qu’étant un simple vecteur d’une conscience extérieure, Thierry Lelong est le personnage principal passant inaperçu mais en contact télépathique avec Carole qui le traque, la cause intermédiaire des catastrophes apocalyptiques et les dérives sectaires improvisées devant l’inconnu. Dans les deux récits parallèles apparaissent la découverte de soi et de son environnement, la conscience de la présence de congénères et le danger qu’ils représentent, l’émergence de la violence, le tiraillement paradoxal entre être et non-être, la découverte d’un Tout transcendant. Le lien est un peu nébuleux, principe primordial et cosmogonique appliqué à la société de la fin des années 90 ou allégorie de la vie vue par des individus particuliers, causalité ou simultanéité, mais insiste sur ce qui échappe aux êtres insignifiants, sur les mystères de ce qui les dépasse. Le côté science fiction apporte une poésie philosophique à une histoire de terreur assez classique sur les liens psychiques et la nature de l’espèce humaine.

Piège vital – Alain Le Bussy

Alan Boxwoody est un touriste galactique se reposant sur une fortune amassée grâce à l’exploitation commerciale de la poche à stase, inventée par son père et permettant de conserver un objet ou un être en dehors du continuum et le transporter sans considération de poids. Il fait escale sur Muldson, une colonie peu développée malgré un environnement proche des conditions terrestres, et rencontre Did, un ermite ayant une fonction de garde-forestier.
Dans une science fiction d’aventure, d’une narration à la première personne pleine de familiarité, le personnage principal est un anti-héros qui découvre un biotope mystérieux, une entité sylvestre globale et consciente. Par l’intermédiaire des explications de Did, il comprend qu’une symbiose est en marche entre les hommes et les arbres dans une utopie écologique qui doit rester protégée par le secret. Car l’immortalité acquise a comme revers de médaille l’immobilisme, une interdépendance difficile à comprendre et à accepter pour les humains. Cette très courte histoire déploie un message d’acceptation et d’adaptation à l’environnement pour éviter un anthropocentrisme nocif à tous les niveaux et promouvoir un mode de vie respectueux et raisonné dans un conte léger et enjoué.

Jouvence – Alain Le Bussy

Ava commande l’Explo II, un vaisseau en mission de reconnaissance dans les franges de la galaxie en vue d’une mixité à son bord avec les Targs, des lézards contre lesquels l’humanité était en guerre. S’approchant d’une planète à étudier, l’Explo II est endommagé par un astéroïde, condamnant les trois membres d’équipage survivants à atterrir en catastrophe sur ce monde aride. Débute alors une marche interminable sans but.
Le récit devient très vite psychologique avec cette vie d’enfermement et de solitude, désincarnée et vaine. Les trois naufragés ne se connaissent pas, l’un d’entre eux était en stase dans un caisson au moment de l’accident, une façon d’économiser la durée de vie humaine lorsque la présence de la personne n’est pas nécessaire. Ils ne voient pas leurs visages derrière la vitre opaque de leurs spatiandres, combinaisons avancées et programmées avec comme priorité absolue la survie. Ils sont le résultat d’un conditionnement puissant qui s’effrite doucement, et l’angoisse apparait. C’est une novella subtile, une science fiction sur l’autre et la reconnaissance, sur la liberté de vivre sans avoir peur de la mort.

Quête impériale – Alain Le Bussy

Varlo est un prince un peu bohème qui a fréquenté un vieux peuple nomade et découvert leurs coutumes au lieu de s’intéresser aux responsabilités d’un Empire qui lui est promis. En premier lieu il doit se familiariser avec les Seigneurs de Guerre, superordinateur qui conseille le roi de Gersinal dans les prises de décision. Varlo s’enfuit du château pour échapper à un complot, aidé par un chef nomade. A partir de là, sur un modèle de space opéra, l’enquête du héros commence sur les traces de l’expansion humaine dans la galaxie car l’histoire se répète, l’Empire que Varlo devra diriger est le troisième à péricliter dans l’histoire de la civilisation. L’escale sur la planète Rakléion pour infiltrer la capitale d’une dictature est représentative du style action aventure et infiltration mais aussi de la métaphore mythique du peuple hiérarchisé que dirige à distance des êtres supérieurs.
C’est un héros poursuivi, en quête de vérité à bord d’un vaisseau spatial, qui sait se servir d’un pistolet laser dans un contexte de sociétés totalitaires chancelantes, de l’immense histoire de l’Empire humain, de la résistance séculaire d’un peuple bohème discrètement inséré partout, et d’absence totale de personnage féminin notable. Dans ce roman divertissant pas dénué d’humour, Alain Le Bussy réussit à donner de l’ampleur à l’histoire, surtout grâce à des non-dits propices à l’imagination, en moins de 200 pages.