Les enfants du mirage

La démarche de Richard Comballot est de mettre en valeur la science fiction française, en l’occurrence des années 70, d’exposer ses spécificités et ses préoccupations, son évolution par rapport aux précurseurs français et à l’omniprésence programmée anglophone. L’existence de la science fiction est indissociable de la société, de la contestation de la fin des années 60, de l’implacable réalité des guerres, de la libération sexuelle et du chevauchement des générations. A cet égard la préface de Jean-Pierre Andrevon est passionnante, montrant bien les difficultés pour s’adapter au monde en mutation de l’édition, aux exigences des individualités du milieu de l’écriture, pour créer une identité littéraire riche et diverse.
Il y a logiquement une sorte de langueur concernée, une poésie résistante face au contrôle, à l’asservissement et au découragement. Il y a aussi l’évolution urbaine et technologique comme défi humain grâce à la rébellion, l’insoumission ; pas de mysticisme, pas de voyages spatiaux mais le pouvoir de l’esprit et la réalité relative dans un paradoxe qui allie l’élan de liberté et l’attachement au sensible. Cette nécessité débouche sur un pessimisme positif plein de conscience et de lucidité écologique. Le péril ; l’influence humaine est globale et l’adaptation nécessaire. C’est une science fiction d’une profonde gravité, d’une appréhension sensible et cruelle.