Le souffle de lune – Alain Billy

Rek survit dans une région désertique en ruines depuis les Grandes Guerres où il faut creuser pour trouver de la nourriture et des vestiges de la civilisation. Il rencontre Orda Blue, une prostituée entourée de deux malfrats patibulaires, Prof et Bolk, et peint à l’aide de son matériel déterré en même temps qu’une pierre étrange un portrait de la diva. La pierre et le tableau combinés par la lumière de la pleine lune ouvrent une porte sur un monde parallèle.
L’ouverture post-apocalyptique du roman installe une ambiance de comédie surréaliste très réussie jusqu’au passage à l’univers parallèle, mécanisme de fantasy qui ne choisit pas vraiment entre science et magie fantastique, qui se résume à une aventure sans véritable quête et à une action constituée d’infiltration et de furtivité. L’histoire empile donc les genres sans les développer et se repose sur une forme de vaudeville très sexué qui mène à des scènes gênantes dues au contexte amoral et aux personnages ignobles se complaisant dans une misogynie automatique. Le résultat est un texte dédié au divertissement et basé sur le dédoublement des personnages, passant d’une Terre condamnée à un monde totalitaire et cherchant la libération, qui offre surtout des scènes de varappe et de cache-cache dans un mélange de bonnes idées et d’outrances paillardes.

Parasol 27 – Alain Billy

A Miami, Le Bateleur rejoint un collègue de la Section Recherches Extraterrestres qui le met sur la piste, avant d’être assassiné, d’une mystérieuse veuve occupant le parasol vingt-sept du Bliton Palace.
En bonne suite de Le peintre des orages, les contacts du Bateleur ont tendance à mourir mais parviennent à l’aiguiller dans le jeu de piste plein d’action et de rebondissements. L’aspect polar est toujours dominant avec le côté aventure en plus globe-trotter, passant des États-Unis au Maroc, l’Italie, la France et l’Indonésie. Des petits détails science-fictifs flous sont disséminés surtout pour justifier l’exubérance du récit et du grand méchant psychotique Hortengul Alam Delapan, Président-Gouverneur de l’Indonésie, alors que la dimension gore si affirmée dans le premier tome a quasiment disparu. La narration est toujours linéaire dans l’enchainement des péripéties et le style d’écriture s’épanouit dans l’emphase, au service d’un divertissement sans pause avec une tentative d’enrichissement par une aventure plus cosmopolite, un contexte post-apocalyptique discret et une histoire scindée en deux axes qui ne font qu’ajouter à la luxuriance grotesque du tableau pourtant efficace dans le mélange de science fiction loufoque et de polar d’aventure sulfureux, juste un peu moins graveleux.

Le peintre des orages – Alain Billy

Le Bateleur, membre de la Section Recherche Extraterrestres, part en mission en Indonésie sur les traces de son collègue disparu alors qu’il pistait un alien.
La première moitié du livre est totalement dénuée de science fiction, déroulant une intrigue de polar dans un pur divertissement de surveillance et d’infiltration, entre un gang d’allumés et les services secrets, truffé de touches de gore, de torture et de bagarre, de salace et de testostérone pour soutenir une action frénétique. La narration repose sur Le Bateleur, personnage libidineux et volontaire, le chef de gang Ken Arok est son pendant nécessaire en plus sombre et cynique, alors que les personnages féminins oscillent entre feinte fragilité et potentielle traitrise. L’efficacité de l’histoire pallie son manque d’ampleur et de profondeur, la nature tropicale et ses volcans instaurent une ambiance écrasante, moite et menaçante où règnent la brutalité et la prostitution enfantine, dans une expérience âcre de grand spectacle et de saynètes grandiloquentes. La présence de quatre courtes séquences science-fictives tirant sur le fantastique suffit à faire entrer ce texte dans la collection Métal alors qu’il était calibré pour la collection Gore avec son contenu licencieux.