Le chevalier, l’autobus et la licorne – Jean-Pierre Andrevon

Marcel a hérité du titre honorifique de chevalier par ses aïeux mais il est englué dans une routine de petit fonctionnaire résigné dans l’Administration des Papiers et Cartons, armé d’un coupe-papier en cuivre mou au bout arrondi. Après sa journée de travail rébarbatif, il jette son dévolu dans la librairie près de chez lui sur « Les bêtes de l’âge d’or, leurs coutumes et leur habitat, la manière de les chasser ou de les apprivoiser » et le soir même alors qu’il le parcourt, sa femme Eliane le pousse à se lancer sur les traces d’une licorne, sa corne valant une fortune.
Cette métaphore surréaliste déroule une critique sociale, l’étincelle mourante pour échapper à un monde de zombis est uniquement avivée par la lecture mais dévoyée par l’ambition méprisante d’Eliane et l’illusion encombrante d’une noblesse de pacotille suscitée chez Marcel qui revêt sa carapace civilisationnelle hors d’âge et aussi dépassée que l’état de ses connaissances de la vie naturelle et de l’incidence perfide de l’avidité humaine sur l’environnement. En-deça du clin d’œil à Don Quichotte, le message écologiste se concrétise quand le chauffeur d’autobus se révèle sous son uniforme et Marcel se met à nu en prenant conscience de l’aveuglement institutionnalisé et de la cruauté humaine à l’encontre des animaux, plaidoyer fantasque en faveur de l’imagination et de l’ouverture d’esprit, de l’empathie et de la bienveillance, ridiculisant le piège déshumanisant dans lequel les adultes s’enferment.

Laisser un commentaire