Roulette mousse – Jean-Pierre Hubert

Dans Roulette mousse, six personnes arrêtées dans des brasseries clandestines sont enfermées dans une cellule d’une prison mobile immergée face à un androïde servant à chacun six verres de bière dont un est empoisonné. La peine capitale probable consiste pour le prisonnier à témoigner de ses expériences alcooliques pour enrichir la base de données d’étude de ces comportements asociaux et ensuite de choisir un verre. Cette nouvelle met en scène le désarroi d’une société se projetant dans le rationalisme, l’hygiénisme et l’immortalité par l’instauration d’une prohibition, face à l’instinct de liberté ancré dans la nature humaine en dépit de l’entropie encouragée et préférant la flamboyance à l’ennui.
Dans Ivresse choréique, Symel rejoint sa partenaire Flodie à une fête donnée par leur ami Armand, rencontre en chemin Célestine une vieille femme extravagante et l’invite à le suivre, puis sur place il fait la connaissance de Armis la jeune fille de l’hôte de la soirée. Dans cette anticipation, Jean-Pierre Hubert imagine une société dans laquelle la danse tient une place centrale, enchâssant au quotidien le divertissement, la communication et les conventions sociales.
Dans Gélatine, Jacob Klopfenstein est devenu un soir le dernier homme vivant à Münchhausen près du Rhin, épargné par une gélatine qui a enrobé et figé tous les autres humains. Cette vision post-apocalyptique d’un monde figé déroule les pensées solitaires d’un élu maudit qui cherche un sens dans l’évolution d’une situation improbable aux échos théologiques dans une savoureuse transsubstantiation.
Dans Disciple ?, Peter Schmied et Anna Ofils sont sélectionnés pour participer à une métastase créative dans l’esprit de Eric Goldguth un poète devenu immortel par la cryogénétique. Cette nouvelle explore un moyen de partager les possibles non réalisés d’une vie dans un mélange de nostalgie et d’éternité qui demeure une mégalomanie.
Dans Tout au long de l’île au long de l’eau, Sepp Eneckerlisch est un garçon qui s’enfuit de son foyer, malmené par le compagnon de son père alcoolique, trouve un refuge et un travail dans une décharge de métaux auprès d’un simple d’esprit et d’un exilé sauvagement malin. Au gré des aventures de Sepp se révèle une civilisation déliquescente et la vie en marge d’une société inégalitaire par une galerie de personnages déjantés survivant dans la brutalité et la pollution, dans une mise en abyme créative de Jean-Pierre Hubert.
Dans Les quais d’Orgame, Luc Valmont effectue son premier voyage à bord du train menant à la gare d’Orgame, une cité mobile rendant les voyageurs fébriles par un arrêt au quai imprévisible et de très courte durée. Cette aventure aux ressorts métaphysiques déploie un symbolisme surréaliste qui se nourrit conceptuellement du désir pour l’inconnu et d’une énergie mentale pour façonner la substance.

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