La cité des mille soleils – Samuel R. Delany

Dans une cité au milieu de l’univers, l’Être Triple a réuni les représentants de toutes les espèces entrées en contact avec le Seigneur des Flammes et seuls les terriens manquent à l’appel. Vol Nomik le poète a renoncé à son statut de chef de bande Mali et épousé Renna mais Jeof le leader d’une bande concurrente le retrouve et tue son amour sous ses yeux. De son côté, Clea Koshar épouse l’historien Rolth Catham et décide de se consacrer à sa théorie sur le champ unifié loin du gouvernement. Après la révélation de la virtualité de la guerre contre les ketzis et l’exceptionnel Instant qui a donné une communion généralisée des individus et provoqué une confusion tenace en eux, l’ordinateur devenu autonome lance des attaques à distance contre Toron, Jon Koshar et Alter Ronid se lancent dans une expédition vers Telphar pour le neutraliser alors que la Duchesse Petra et Arkor demeurent auprès du Roi Let pour tenter d’assurer une stabilité incertaine.
Le récit met au premier plan des personnages secondaires apparus dans le tome précédent et resserre le noyau dur des protagonistes. L’histoire prend aussi du recul par le point de vue extra-terrestre qui explicite plus précisément la nature du Seigneur des Flammes et sa démarche d’expérimentation chaotique. Le système aristocratique de Toron s’écroule pendant que Jon et Alter découvrent la cité des mille soleils construite sur le continent par des Malis utopistes, se marient à leur tour puis rejoignent Clea, Rolth et Vol qui ont apprivoisé l’ordinateur pour terminer leurs œuvres respectives et quintessence du génie humain produite par une scientifique, un historien et un poète. Ce tome tient son extrême profondeur psychologique du sentiment absolu de solitude qui submerge tous les personnages et trouve son origine dans la possession mise en œuvre par le Seigneur des Flammes exprimant son psychisme exotique et incarnant le renversement des valeurs d’une manière matérialiste, figurant l’inversion du regard dans le miroir et la réaction provoquée. Son principe de vie radicalement étranger lui dictant l’éparpillement et l’isolement comme condition d’épanouissement, il projette donc sur les humains son principe de létalité qui consiste à identifier la disparition et la mort au rapprochement, à l’image de la matière rencontrant l’antimatière, et l’humanité donne alors une leçon au Seigneur des Flammes au travers du suicide de Vol, le sacrifice qui prouve l’inutilité de la guerre et sa stérilité réciproque dans l’antagonisme d’altérités pourtant vaguement semblables dans la symétrie.

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