Les tours de Toron – Samuel R. Delany

Après trois ans d’exil choisi sur l’île de Petra, la Duchesse, Jon Koshar et Arkor ont perçu le retour du Seigneur des Flammes sur Terre. Ils sont invités sur l’île de Toron par le Roi Uske pour célébrer l’imminente victoire sur Ketrall et les kelzis à l’apparence inconnue, après l’annexion du domaine des hommes de néanderthal derrière la barrière de radiations et la destruction de Tranu et ses insectes mutants. Ils emmènent avec eux Alter qui se fait embaucher au cirque de Triton et se rapproche de la sœur de Jon devenue Clea Rahsok dans sa mise en retrait de la recherche militaire, et Tel qui s’engage dans l’armée de Toromon.
A Toron, l’économie de guerre fait son œuvre et attise la contestation des Malis rendant le Trou du Diable infréquentable et la ville de Telphar est utilisée comme centre de formation des nouvelles recrues, concrétisant une cohabitation entre, dans l’ordre croissant d’éveil spirituel, les néanderthals bourrus, les humains un peu perdus et les consciencieux habitants de la forêt. L’histoire se concentre sur la vie de conscrit autour de Tel, apportant une action plus nerveuse, d’une vraie trempe antimilitariste, en comparaison avec la quête initiatique du Prince Let dans le premier tome. Le second arc narratif s’intéresse au spleen de Clea depuis la mort de son fiancé le major Tomar, son amélioration du ruban de transfert et ses travaux maintenant brumeux sur la connexion entre un ordinateur et l’esprit humain, mais aussi et surtout ce qui se cache derrière ce malaise pressenti par Arkor comme un sentiment de culpabilité dans l’inconscient collectif. La dimension psychologique est centrale dans l’illustration de la dialectique du renversement des valeurs, au-delà des palindromes patronymiques, par le désir de Tel d’être utile sans savoir en quoi, par la démission irraisonnée de Clea sans comprendre pourquoi et la situation paradoxale des gardes forestiers télépathes au sommet de l’évolution mais frappés d’une sorte d’anathème. Entre la confrontation victorieuse en début de ce tome avec le Seigneur des Flammes à nouveau repoussé, qui provoque la mort du Roi Uske à la santé fragile, et le couronnement programmé du Prince Let, un questionnement métaphysique et ontologique sur la nature humaine se construit et émerge avec les révélations qui concluent la guerre ; l’amoralité du Seigneur des Flammes est-elle la cause ou le révélateur de l’instinct aveuglément belliqueux que l’être humain déverse sur le monde ? Dans un corollaire terrifiant, l’illusion générée par une technologie froide mène à la possibilité de mourir en son sommeil de cauchemar et simultanément dans la réalité tangible, sommet approximatif d’onirisme lovecraftien affirmant que l’illusion est la seule réalité et la substance le grand imposteur.

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