Prisonniers de la flamme – Samuel R. Delany

Jon Koshar réussit à s’évader du pénitencier de la mine de tétron, source d’énergie à la base de la résurrection de l’Empire de Toromon après le Grand Incendie qui éradiqua la civilisation. Dans la confusion de sa fuite, il se retrouve dans la ville morte de Telphar en bordure de la barrière de radiations à la radioactivité infranchissable et emprunte le ruban de transfert pour aboutir instantanément dans le Palais Royal de la ville de Toron devenue capitale insulaire de l’Empire. Dans son auberge le vieux Geryn suit un plan pour désamorcer la guerre sur le point d’être déclarée à l’ennemi invisible tapi derrière la barrière de radiations, en réunissant Alter Ronid la jeune acrobate et sa tante Rara, Azkor le géant balafré venu de la forêt et Tel le fils de pêcheur sans papiers, en projetant l’enlèvement du jeune Prince Let pour le préparer à remplacer le Roi fantoche Uske avec la complicité de leur cousine la Duchesse de Petra.
Ce récit de fantasy d’aventure aux accents mythiques repose sur un monde étoffé, une galerie variée de nombreux personnages, des fondations philosophiques prégnantes mêlant la psychologie et les enjeux sociopolitiques, diffusant le mystère fantastique de la mutation télépathique et déroulant l’aspect science-fictif par la nature insaisissable du Seigneur des Flammes et par les travaux de Clea Koshar la sœur de Jon sur les fonctions sub-trigonométriques inverses. L’histoire s’articule autour de la prédominance de la dialectique nietzschéenne du renversement des valeurs dans un jeu de miroirs qui s’exprime par la confession de Jon sur la confusion des sentiments entre amour et haine, par la liberté qu’il a retrouvée se confondant avec la certitude d’être téléguidé dans une quête qui le dépasse, par l’opinion de la gouvernance considérant la guerre comme bénéfique pour la société et par la justification aveugle de cette guerre tournée vers l’extérieur occultant ses causes internes. Car derrière les gesticulations humaines et la dégénérescence du système capitaliste se trouve une lutte aux dimensions cosmiques impliquant des êtres extraterrestres à l’existence spatiotemporelle unique pour le Seigneur des Flammes et tripartite pour l’entité de Creton III, aboutissant à une confrontation finale vraiment atypique, d’abstraction et d’un déroulement prismatique exprimé par les mathématiques, la physique et une symbolique existentielle exotique. Ce premier tome est d’une solidité à toute épreuve, d’une intelligence implacable dans sa construction et son foisonnement d’aventure, instaurant l’idée que l’humain est son propre ennemi et que la Terre abrite différentes civilisations aussi isolées que l’Empire de Toromon.

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