
Sylvain Pluie à soixante-dix ans vit seul avec son chat baptisé Le Chien dans la vieille maison construite par son père, privée d’eau courante depuis l’implantation d’un lotissement d’H.L.M., l’obligeant à remplir des bidons chez ses voisins directs Maurice et Lydie Chormiez. Après avoir trouvé au bout de son terrain son chat démantibulé par la chevrotine d’un chasseur et la bouffée de colère consécutive, il pense à sa situation, aiguillé par l’inquiétude de sa fille Josette, et se souvient de Marie une amie de jeunesse qui habitait un proche village et avait le don de trouver des sources.
Ce court roman ne s’inscrit pas dans la veine du polar, malgré la collection dans laquelle il est édité et la quatrième de couverture, ni dans le fantastique et encore moins dans la science fiction, mais exprime une littérature existentielle de simplicité et de nostalgie, à la première personne, dénuée d’action, de pensées sur la vie qui s’écoule, de la solitude qui s’installe avec discrétion, des enfants qui s’éloignent, de la modernité qui empiète sur la ruralité. L’allégorie de la source tarie qui matérialise symboliquement l’assèchement de la vie pousse Sylvain à rejoindre Marie par-delà une existence bien remplie de mariage, de parentalité et de veuvage, l’amène à entrevoir le possible non réalisé de fiançailles avortées entre eux, comme pour fermer une parenthèse hypothétique par l’acceptation, avec un goût de potentialité qui se concrétise, qui ravit pour éviter les regrets. Le récit parle de la vieillesse avec poésie, d’émotions vivaces et de lucidité, dans l’instant présent et hors du temps, mais aussi de la nature et de la bêtise de certains chasseurs, de la beauté ineffable d’une connivence qui s’installe entre deux animaux foncièrement indépendants, un homme et un chat.