
Alice Terance alias Oregon récupère son petit frère Kilian au Centre de formation Par4Central pour retrouver leur père le Commandant en chef de la Sécurité nationale Atton Terance dans leur maison isolée de Labastie. Oregon et Kilian recueillent un homme blessé d’un coup de tournevis qui dit s’appeler Ethan, chassé par Jérémie Cade et deux amis pour venger la mort de sa sœur Lora.
Cette Saison 1 correspond au premier tome, Le présent du fou, édité 27 ans plus tôt chez Fleuve Noir, presque méconnaissable par l’ampleur des ajouts, à l’image du chat cybernétique, et des modifications voulues par Pierre Pelot. Une menace plane sur la famille Terance et Oregon, renifleuse pour la Sécurité prédictive dans l’anticipation des risques terroristes, protège Kilian lancé sur ses traces dans sa formation au département de Sécurité territoriale avec comme atout inconfortable des crises épileptiques suscitant des scènes de carnage dans un contexte qui concerne le Commandant des forces actives de défense Ethan Danigo, sous les ordres d’Atton Terance pendant le Chaos, condamné et rétrogradé, surnommé Caïd Carnage et responsable de massacres. Les visions d’horreur subies par Kilian et Ethan sont au centre du récit illustrant le Chaos passé dans la lutte armée du Gouvernement contre l’extrémisme religieux qui couve dans un risque de résurgence. Alice, en tant qu’Oregon, est la grande sœur de Kilian qui remplace Lou-Gaël son fils, leur père Atton remplace Claude le compagnon d’Alice et père de Lou-Gaël, et Ethan n’est plus juste un quelconque vagabond mais son appartenance aux Cohortes rouges atténue son statut de Raconteur. Non seulement ces liens entre les quatre personnages dissipent le mystère prégnant de l’édition chez Fleuve Noir qui faisait son charme diffus jusqu’à la révélation en fin de quatrième tome mais ici la base du complot est en partie déflorée dès le début en poussant la mémoire ouverte et le Gouffre de Padirac comme but au second plan, supplantés par les séquences du Chaos transformant une destinée plutôt hasardeuse et opaque en prédétermination, explicable et transparente, insistant beaucoup plus sur la notion centrale, dans l’œuvre de Pierre Pelot, de dérapages.
Oregon et Kilian abandonnent le Poste de Labastie pour se diriger en direction du Gouffre de Padirac alors que Troper, un camelot itinérant renseigné par un collègue sur un marché, s’y trouve tapi dans le sous-sol d’un restaurant désaffecté en bordure du chantier de construction d’un parc d’attractions. Leur rencontre s’effectue par l’intermédiaire de Duddy Bonaventure, un forain actionnaire attendant d’installer son stand de voyance.
Cette Saison 2 correspond au second tome, Les forains du bord du Gouffre, chez Fleuve Noir, décrivant dans le détail l’itinéraire mouvementé sur la route du duo Terance, insérant des souvenirs d’interventions menées par Oregon sur les traces des Marcheurs de la Voie, secte dirigée par l’édile corrompu Joa Morano et son fils Albin, introduisant en même temps une histoire d’amour en pointillés entre Oregon et le lieutenant Thimothée L. Gweal qu’elle a connu comme chanteur de rock, développements pour compléter l’arc narratif originel autour de Troper. Pour résorber les modifications des personnages principaux, Oregon se présente comme Alice Viron la belle-mère de Kilian qui s’appelle Gaël, fils d’un Claude qu’elle convoque et recherche. Par l’importance des réminiscences et des apartés d’Atton, Pierre Pelot étaye son parti pris de quitter le mystère nébuleux, narré au présent dans l’édition Fleuve Noir par Alice et Lou-Gaël innocents du contexte, pour documenter l’implication d’Oregon dans le prolongement des rôles capitaux d’Atton et d’Ethan, abolissant toute candeur et relativisant au passage l’appartenance des Raconteurs à un hypothétique camp du bien ou à une troisième voie.
Oregon émerge après la course-poursuite dans le Gouffre, toute seule au fond d’un trou près d’un chemin de fer factice qui la mène dans une ville à l’atmosphère endormie dans laquelle Jiggs Moran mène une vie indolente.
Cette Saison 3 correspond au troisième tome, Le ciel sous la pierre, chez Fleuve Noir, mettant en scène le huis clos tendu en Terre creuse fait de faux-semblants entre Alice, Jiggs manipulé, Viviane-Lo et Falaconi en agents de surveillance infiltrés. Pierre Pelot intercale en plus des séquences sur la responsabilité des Fils du Vivant et des Marcheurs de la Voie dans l’existence du Chaos, les missions de Thimothy sur fond d’amours impossibles avec Oregon, l’habitude des remodelages mémoriels pour les forces de l’ordre gouvernementales et la capacité de la mémoire ouverte à contrecarrer ses effets. Le doute radical et la candeur d’Alice dans le texte d’origine sont ici remplacés par une profusion d’informations qui complexifie les intentions et cultive un autre type d’incertitude brouillant les implications éthiques. La confusion s’incarne dans les troubles schizoïdes de Jiggs et surtout dans la triple personnalité d’Alice Oregon Terance Viron influencée par Atton.
Alice Viron se réveille dans une chambre d’hôpital avec dans la tête le souvenir de l’arrivée d’Ethan devant sa porte et l’irruption ensuite d’inconnus qui provoquent une fusillade pendant laquelle son fils Gaël est atteint d’une balle perdue, trame mémorielle confortée par le docteur Nobat et son infirmière.
Cette Saison 4 correspond au quatrième tome, Les faucheurs de temps, chez Fleuve Noir, explorant subjectivement par l’incarnation d’Alice le conditionnement institutionnalisé, développant en parallèle la programmation des rôles de ses amis et de Claude utilisés par l’unité d’intervention de Thimothy et dirigée à distance par Ethan pour intercepter Oregon qui est soupçonnée d’avoir rallié les intégristes, bombe à retardement guidée vers le sommet de la lutte contre le retour du Chaos par Troper l’agent dormant. Cette partie du cycle entérine le contexte de thriller d’espionnage avec ses identités mouvantes et son cloisonnement incertain dans un décor d’apparat perméable aux infiltrations déstabilisatrices.
Troper guide et protège Oregon en direction du Secteur de Haute Sécurité au fond du Gouffre de Padirac, alors que le commando de Thimothy est lancé à leurs trousses.
Cette Saison 5 vient clôturer le cycle, rendue nécessaire par la conclusion chez Fleuve Noir devenue caduque et par la réécriture de l’histoire qui a instauré comme objectif, dès le premier tome, les retrouvailles entre l’héroïne et son père. La traversée du système de défense psychoactif dans les souterrains devient le théâtre chaotique d’hallucinations et de réminiscences dévoilant la carrière d’Ethan Danigo et sa relation à Atton Terance, un historique plus détaillé du Chaos provoqué par les Fils du Vivant, l’éventail des manipulations mnésiques des personnages dans leur fonction de marionnettes au milieu d’un conflit pour le pouvoir à l’ampleur théologique réaffirmant sa nature manichéenne et marginalisant encore le statut des Raconteurs. Tous ces pans du récit mènent au Projet Code LE et sa fonction de cosmogonie quantique destinée à sauver le monde dans une boucle de réensemencement superposant la concrétisation imaginative de possibles non réalisés à un futur réalisable, dans une dimension science-fictive massive que le texte originel chez Fleuve Noir ne faisait qu’effleurer.
Il faut avoir lu la première version basée sur de multiples ellipses pour vraiment apprécier le travail titanesque de Pierre Pelot pour reformer un récit environ trois fois plus long qui, au-delà de tout critère de qualité, donne un résultat résolument différent, logiquement plus construit et maitrisé, effaçant le charme improvisé d’une femme quelconque pour lui substituer une incarnation fascinante de profondeur : Oregon, agent Sécurité prévisionnelle, département de Sécurité territoriale, DepSecTer, Corps des services de la CIIR, Cognitive / Intuitive / Introspective / Réactive, mode .000 AIT, Active Introspection de Terrain, qualifiée anticipologue, histo-conceptrice, extrapolatrice.