Les faucheurs de temps (Les Raconteurs de nulle part – 4) – Pierre Pelot

Alice seule avec son fils Lou-Gaël dans leur ferme isolée aperçoit une silhouette figée dans la brume qui n’est pas Claude son compagnon attendu depuis quatre ans et sa disparition sans explication. Le garçon rejoint sa mère et l’homme s’écroule dans la neige. Le vagabond recueilli et blessé d’un coup de couteau s’appelle Ethan et parle de son savoir de Raconteur, d’une manipulation planétaire faisant croire à la population que le temps présent se situe en 1990 au lieu de 2045, d’un effacement de la mémoire collective pouvant être déjoué par la Mémoire Ouverte, une drogue désinhibitrice qu’il lui transmet. Le lendemain matin, le frère qui accuse Ethan d’avoir tué Lora, accompagné par des amis, débarque dans la ferme et une fusillade éclate, pendant laquelle Lou-Gaël est touché par une balle perdue.
Alice se réveille dans un lit d’hôpital avec ces souvenirs dans la tête et le personnel médical la conforte dans cette version de l’histoire, mettant sa confusion sur le compte du traumatisme qu’ils traitent depuis quinze jours par une thérapie d’effacement pour son équilibre psychique. Mais le doute l’assaille avec l’émergence des souvenirs de sa prise de Mémoire Ouverte et de ses retrouvailles écourtées avec Claude, de ses péripéties accompagnée par Lou-Gaël avec Troper, de sa fuite avec Jiggs dans la ville au fond du Gouffre et de sa confrontation avec Viviane-Lo. Le remplacement mnésique de ses aventures du deuxième et du troisième tome s’accompagne des visites de ses amis colocataires absents de la ferme à l’origine et surtout de Claude qui semblent justifier une sorte de distance par l’habitude de leur présence auprès d’elle et par ses épisodes amnésiques dus au traitement, qui éveillent en elle une approbation inconsciente la poussant à jouer le jeu mais sans résultat probant. Apprenant que son fils est également soigné, Alice décide de s’échapper pour le retrouver et sa visite du bâtiment lui montre un monde factice et dans une chambre elle trouve Jiggs alité et apathique, la mémoire démolie. Son chemin aboutira dans des retrouvailles avec Troper reconverti en agent de la sécurité, prélude à la révélation ultime. Les trois-quarts du livre sont consacrés à la lutte intérieure d’Alice avec son conditionnement, ce qui en fait l’épisode le plus statique mais procure aussi le plaisir d’explorer la mise en place de ces mécanismes de la machination, avant de passer du comment au pourquoi basé sur un interventionnisme à l’éthique imposée pour un bien commun face au Chaos provoqué par l’extrémisme politique et l’embrigadement terroriste des masses populaires incapables d’autonomie intellectuelle dans une dystopie sociétale aux ferments d’une brutalité et d’une aliénation intemporelles.

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