
Daniel Moran alias Jiggs mène une vie routinière dans une ville au temps brumeux d’une douceur égale toute l’année, dénué de vent et de bruits d’insectes. Alice reprend conscience au fond d’un trou dans lequel elle a manifestement chuté au cours de la fuite éperdue le long des tunnels du Gouffre de Padirac, constate l’absence de Lou-Gaël et de Troper puis longe un chemin de fer factice jusqu’à une agglomération endormie comme un décor vide.
L’essentiel du récit se concentre sur le personnage de Jiggs et de ses troubles psychologiques, son incapacité à oublier son passé de combattant dans une guerre traumatisante, tension soulignée par des crises de scotomes scintillants menant à la migraine et accompagnée de bouffées paranoïaques et d’une illusion perceptive érotomane. Car sa vie est structurée autour du chaton qu’il garde en permanence dans la poche de son manteau léger, de son amitié avec son voisin Duranvier contrariée par l’arrivée inopinée du nouvel habitant Falaconi, des visites quotidiennes de la magnifique Viviane-Lo une secrétaire à la Production des mines lui rappelant la femme qu’il aimait. Inévitablement, Jiggs et Alice devaient se rencontrer et la supercherie complotiste des apparences tombe pour dévoiler la thérapie Griffith et Meredith de conditionnement exercée dans ce secteur expérimental niché dans la Terre creuse et fondée sur une surveillance absolue, le refoulement par un traitement hypnotique et la nécessité d’oublier la guerre pour guérir. Alice comprend alors que Falaconi est un membre de la surveillance et que Viviane-Lo est une infirmière sous les ordres d’un commandement occulté derrière le trompe-l’œil de la mine. Ce tome est une parenthèse, aux choix forts dans la narration centrée sur Alice en repoussant les arcs précédents, qui s’approche géographiquement du mystère sans trop en dévoiler encore, sinon le rapprochement entre la vision d’Alice suscitée par la Mémoire Ouverte de Claude fuyant le Gouffre et la raison d’être des internements à la suite de la participation à une guerre fantomatique.