
Près du Gouffre de Padirac, autour duquel un chantier de construction d’un parc d’attractions pour forains est surveillé par des gardes armés, Troper attiré par l’opportunité en tant que camelot se cache dans le sous-sol d’un restaurant abandonné et reçoit la visite de Duddy « Bonaventure », un forain actionnaire indépendant en attente de son installation dans un stand de voyance.
Le récit tourne autour du personnage de Troper au cœur du mystère du Gouffre, de sa paranoïa nourrie par la tension et la fébrilité communiquées par Duddy « Bonaventure ». Padirac et ses travaux aimantent une foule d’anonymes demandeurs d’emploi, Troper le premier et l’histoire s’attarde longuement sur sa trajectoire jusqu’à sa routine de reclus volontaire en sursis qui finit par exploser au contact d’Alice et de Lou-Gaël débarquant dans sa sombre tanière cernée par le vacarme jour et nuit des terrassiers. La jonction se fait naturellement avec le tome précédent, Alice ayant utilisé la Mémoire Ouverte qui lui a révélé la présence de Claude dans le Gouffre. Étayé par sa connaissance pratique de la drogue révélatrice, l’exposé que livre Alice à Troper à propos des mécanismes temporels et du complot qui préside à la perception du monde est une occasion bien trouvée pour préciser et un peu simplifier la nature des souvenirs du futur. La dichotomie entre le temps réel et le simulacre de présent est atténuée, même si l’irréversibilité à rebours de la trame mène inexorablement l’humanité manipulée au cataclysme secret de 1995, l’expérience de Mémoire Ouverte à la fois passée et à venir vécue par Alice puis par Troper se situe ici en plein dans la période d’amnésie de quarante ans, alors que dans le livre précédent cet intervalle était présenté par Ethan comme totalement impénétrable. Sans aller jusqu’à la contradiction, Pierre Pelot fait évoluer sa vision en insistant toujours sur l’aspect de thriller psychologique en huis clos, concentré sur les personnages et très discret sur la dystopie sociopolitique, minimisant au passage le ressort science-fictif entrouvert dans Le présent du fou au profit d’une époque rejouée plutôt que d’un glissement temporel. Cette suite est bien un prolongement dans l’approche du point chaud de Padirac, la quête de sens d’Alice sur les traces de Claude et le potentiel inconscient de Lou-Gaël, rôle encore larvé que l’accession au Gouffre après une ruée désespérée, unique vraie scène d’action en conclusion, pourra peut-être révéler.