Les passagers du mirage (Chromagnon « Z » – 3) – Pierre Pelot

Le Groupe constitué de quinze scientifiques de haut niveau qui simulent un départ en vacances s’enferme dans le complexe de Mount Tremblant Park pour se consacrer au Projet du Centre de Recherches et Études d’Explorations Spatiales d’Energies World.
Ce troisième tome confirme le statut de parenthèse du second et reprend le fil narratif du premier, faisant directement suite à la culture du secret d’Energies World et la négociation de Lon Attenswirth avec la doublure de Jak Jukor, technique de duplication réutilisée ici, à propos du Projet Voyageur Spatial enfin développé dans le détail. Le cobaye Andrew Hill est au centre de cette expérience, génétiquement conditionné et enfermé dans un sarcophage, autour duquel s’affaire le Groupe et lance les Phases successives aboutissant à la visualisation sur écran du voyage cosmique d’un équipage de clones à destination du monde étranger de Lanios et de son installation avec des pionniers civils. L’aspect thriller habituel dans ce cycle de romans, comme illustration du conflit concurrentiel entre multinationales, s’exprime par la manœuvre d’Emeric & Co profitant de sa participation discrète au Projet pour le saboter. Parallèlement se développe l’arc narratif purement science-fictif avec la dimension cosmologique et astrophysique puis l’exploration de l’exotique et menaçante Lanios peuplée d’êtres intelligents furtifs. Le lien se tisse entre les trois niveaux de narration, matérialiste avec les activités scientifiques du Groupe du C.R.E.E.S d’Energies World sous la direction du grand patron Slim J. Owaqua, méditatif dans l’apprentissage mental du cobaye relais et abstrait par l’environnement fluctuant de l’expédition interstellaire dégénérant en carnage fantasmagorique à base de brebis-panthères sanguinaires. Finalement l’explication claire du Projet Voyageur Spatial est présentée à partir de la page 165 dans un exposé flamboyant de spéculation et d’extrapolation sur le voyage immobile visant la connaissance de l’Univers, une simulation des conditions de perception à la surface d’une étoile à neutrons par un psychisme humain projeté uniquement dans ce but d’interpréter l’inquiétante étrangeté des données spatiotemporelles transcendant la conscience humaine et d’appréhender une vie intelligente non chimique qui grouille dans une densité matérielle et procure au microcosme un gigantisme dans un brouillage des échelles et une superposition quantique des valeurs de la substance. Ce troisième tome abandonne le peu d’action qui animait quand même les deux précédents pour être le seul à vraiment s’inscrire dans la science fiction, adaptant aussi sa poétique au déroulé extra-terrestre et inhumain de l’histoire, prolongeant le contexte dystopique sociopolitique, commercial et industriel, pour le propulser dans le cosmos et à la racine de la réalité.

Une erreur est induite sciemment par Pierre Pelot dans la concomitance de l’expérience vécue par Andrew Hill et le déroulement du Projet Voyageur Spatial, le texte n’identifie jamais Andrew Hill au cobaye et n’affirme jamais que Andrew Hill n’est pas le cobaye, la vérité sera révélée à la fin de l’épisode suivant…

Laisser un commentaire