
Deux duos de flics de la multinationale Eemeric and Co se trouvent dans le même avion à destination de Monroe. Otton La Marshe est dévoré par une insomnie morbide dès qu’il se retrouve seul chez lui après son travail de chef de service production-fabrication de la firme Betts dans la confiserie alors que Alan Jarkeith, responsable de l’hygiène dans la même entreprise, éprouve des difficultés à s’engager sérieusement dans sa vie commune avec la belle Eilayne Orcier.
L’introduction du narrateur-concepteur travaillant pour l’Institut de Conception et Perception de la Réalité donne le principe narratif de cascade de mises en abyme dans cet univers où le sens des évènements est fabriqué, se base sur la cosmogonie amérindienne d’un monde voilé dont le fonctionnement repose sur la manipulation de la conscience et de la perception. Le système divin conduisant la marche de l’Histoire s’exprime au travers de la lutte commerciale et industrielle entre des entités corporatistes monstrueuses manipulant le génome humain et profitant d’une hiérarchie de castes sociales inégalitaire et peu soucieuse des individualités. Ce tome inaugural revêt la fonction de dévoilement du contexte sociétal par l’exemple, révèle l’identité de Gordon Ellobruchells protégée par la couverture au civil sous le nom de Otton La Marshe et celle de Jigg A. Harjat derrière Alan Jarkeith, tous deux chercheurs en ingénierie génétique sur le projet Ageron, thérapie génique contre le vieillissement au sein du complexe Tebra B. pour le compte de Brone-Talcos sous le couvert des activités de Betts, filiale de Emeric and Co, et dirigés par Lon Attenswirth directeur d’études en neuro-génétique. La multinationale concurrente Energies World a noyauté le projet Ageron en contournant la protection psychique de la couverte mnésique des chercheurs, forçant Emeric and Co à accepter une collaboration dans leurs recherches gérontologiques inabouties en échange d’une ouverture sur le projet Voyageur Spatial destiné à rendre possible l’essaimage de matériel génétique dans le cosmos. L’ambiance de thriller, privilégiée à l’action pure et faite d’espionnage généralisé, de personnalités façonnées et de mémoire recomposée, présente le canevas d’une mécanique à développer dans les trois tomes qui suivent, seulement deux des six multinationales tentaculaires apparaissant ici dans une belle promesse d’enrichissement et de complexité du récit.