
Nazi Jones est un employé de la MONITRA reclus dans un bâtiment du Jardin des Plantes, entouré d’une multitude d’écrans sur lesquels il projette ses fantasmes, dévoré par une aérophagie pestilentielle et accumulant les pathologies psychologiques sur un terrain hypocondriaque fertile. En face, Belladone surveille d’une chambre d’hôtel, sur la piste de Richard-Louis Montès devenu une légende clivante sous le nom de Richie Lee Doc, l’arrivée d’un camion transporteur.
L’enlèvement de Nazi Jones par Belladone est une étape nécessaire dans sa quête pour retrouver le mystérieux dirigeant de la MONITRA et lance un road trip improbable à bord du camion en direction des laboratoires de la firme. Le parallélisme contradictoire radical entre les deux personnages, un gnome pétomane aux troubles synesthésiques et manies d’élocution face à une femme fatale de papier glacé, se rejoint et les rapproche dans leur folie respective se répondant à travers un miroir déformant, cohabitation insensée entre une culotte-scaphandre munie d’un tuyau d’évacuation et des talons-hauts qui s’enfoncent dans un chaos apocalyptique. La première moitié du livre se concentre sur cette liaison distanciée du duo antagoniste jusqu’à la furie routière du barrage de pirates forcé et la poursuite qui s’ensuit, l’apparition d’une noirceur mythique de Richie Lee Doc en draveur de morts menant son gigantesque radeau de cadavres récupérés dans le fleuve à destination de l’océan, le dévoilement de l’effondrement mondial dans une pandémie causée par Richie Lee Doc et la rencontre avec le guide Ernst Zaccharia Coli dans son ridicule costume d’éléphant au volant d’un buggy. La dimension symbolique du récit se révèle alors dans la contamination de la réalité par le psychisme de l’enfant Richard-Louis obnubilé par une fille de magazine et qui décide, serrant sa peluche d’éléphant bien-aimée alors qu’il souffre d’une gastro-entérite, de devenir le plus grand généticien. Le monde raconté n’est plus que le purgatoire de Richie Lee Doc qui fuit ses responsabilités, son éternelle culpabilité que son suicide raté d’une balle dans la tête n’a pu effacer. Cette histoire à indices est un cirque ontologique, un théâtre d’ombres projetées, une fête foraine insensée qui renferme pourtant, derrière l’exubérance et la grandiloquence, une tragédie solipsiste aux répercutions à l’échelle de l’espèce humaine. Le texte pourrait paraitre puéril en se focalisant sur la forme faite pour bousculer les esprits frileux, en oubliant le fond développé avec une immense inventivité brute pour récompenser les âmes aventureuses qui ne craignent pas d’être provoquées.