
La Détenue rebelle Javeline et le Pilleur idéaliste Jan des Étoiles sont inspirés par les visions de Raznak le dernier Fou à propos des pays du Grand Ciel et le trio décide de s’échapper de Canyon Street, un territoire clos par les gigantesques murs de l’Horizon Fermé, purgatoire sombrant dans l’anarchie sauvage depuis le Changement et l’arrêt soudain de la Manne, ravitaillement assuré par les membres des Cohortes casqués sortant de tunnels aux Points de Don.
Cette dystopie sociologique décrit un système idéologique à bout de souffle dans lequel la politique est remplacée par une manipulation religieuse et médiatique qui entretient l’espoir d’une promotion ontologique comme une loterie, à condition de suivre la Loi et conserver la Foi dans les préceptes dignes d’un Pari de Pascal dictatorial cultivant l’aveuglement d’un peuple soumis. Mais de la décrépitude surgit le chaos et la rancœur des Détenus pour l’outrecuidance des Pilleurs explose dans un déferlement de violence inspiré par un désir illusoire de retour à la passivité sereine de la réception automatisée d’une charité verticale disparue. Dans ce contexte de guerre civile fratricide et irraisonnée le trio déroule à contre-courant sa folie particulière et autonome, la visée pacifiste d’une utopie progressiste très vite disqualifiée chez Jan les Étoiles hanté par le meurtre des deux frères de Raïkal le Maire des Pilleurs pour protéger Javeline éprise d’une liberté animale après avoir tué son beau-père qui voulait la violer, et les illuminations profanes de Raznak dans des transes épileptiques dévoilant le chemin vers un ailleurs. Les trois quarts du roman déroulent un récit linéaire brut d’une efficacité redoutable avec une action constante ponctuée d’une sauvagerie gore, le développement des personnages écorchés qui accompagne la mise en place d’un univers glauque et poisseux d’une intensité choquante et d’une radicalité amorale. Dans la dernière partie s’opère l’ouverture conceptuelle, une fois le passage vers l’autre monde forcé et la traversée du miroir qui exprime toute l’absurdité d’un mécanisme circulaire fermé se dévorant et se régurgitant lui-même révélée, incarnation du pessimisme philosophique face à la crédulité religieuse couplée à la servitude volontaire dans le travail, consolidées par l’assujettissement à un ordre moral basé sur une pression de culpabilité factice qui mène à l’abrutissement et au suicide.