Transit – Pierre Pelot

Gaynes s’éveille amnésique dans une chambre, reçoit la visite de Stin Volke puis de la belle Lone, résidents de ce Quartier de secours sur Gayhirna prêts à l’aider dans son désarroi. Dans la Base pyrénéenne de l’Institut de Recherches Télergiques Européen, Carry Galen émerge avec des trous de mémoire et des troubles de la personnalité d’une expérience de transe hypnotique destinée à étudier ses dons de précognition.
La similarité flagrante d’inquiétante étrangeté entre la situation de Gaynes et celle de Carry Galen s’inscrit dans une opposition radicale de contexte entre l’émergence sur une tabula rasa dans un monde bucolique totalement inconnu et le retour dans un lieu familier mais angoissant au sommet d’un pic glacé, entre la bienveillante maïeutique dans l’accompagnement sur Gayhirna et l’ambiance compartimentée atour du statut de Cobaye Chercheur, entre la découverte naïve d’une société libertiste sous le signe d’une responsabilité individuelle au service du collectif et l’errance confuse dans le Central de Recherches sur Terre qui garde ses activités secrètes. Pierre Pelot distille un doute absolu autour des intentions du binôme de dirigeants, Lorris Erlevetchi et Pao Baquez, et de la situation de la thanatologue Mauree Leavskee, sans commune mesure avec la légère suspicion due au passé traumatique de la civilisation gayhirnaenne débarrassée depuis longtemps d’un Pouvoir inégalitaire. Au fil du roman et malgré l’effort constant pour brouiller les pistes et cultiver l’incertitude, les deux axes narratifs ne sont pas simultanés et parallèles, le souvenir de Lone chez Carry Galen identifie l’aventure de Gaynes en utopie au voyage perturbé du Cobaye Chercheur, faisant coïncider ces deux identités, subordonnant l’arc d’émancipation envolée à la réalité tragique d’une science dévoyée pour insister sur la dimension pathologique et désenchantée du texte. Des moments de grâce répondent aux rets de la paranoïa et contribuent à diffuser une nostalgie pessimiste, la densité psychologique se nourrit du nombre conséquent de personnages entre ombre et lumière, la spéculation scientifique mène au tissage de l’histoire et du mode de vie d’une contrée exotique dans un jeu de miroirs déformants qui franchit les frontières opaques par-delà la mort simulée ouvrant sur l’immortalité. La construction du puzzle révèle une vraie leçon ethnologique dans l’aperçu d’un possible réalisable qui transcende donc l’impossibilité essentielle de l’utopie, dans une vision maudite rendue dangereuse et inatteignable par la cupidité et le dogmatisme régnant sur la Terre maintenue par une élite dans une trajectoire humaine erronée.

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