Brouillards – Pierre Pelot

Marine s’enfuit à pied et avec détermination de son village de Rapt dans les Vosges malgré sa grossesse avancée et elle est retrouvée inconsciente par Monjean au bord d’un étang sur la propriété de Camille Calien près du village de Haut-le-Vent en Haute-Saône.
Camille en tant qu’agriculteur vivant avec sa vieille mère acariâtre est heureux de prendre soin d’une jolie femme, malgré le mystère de son apparition parmi la brume et la promesse tout aussi inopinée de l’arrivée d’un enfant. Marine a quitté la pression malveillante de la vindicte populaire pour retrouver une ambiance similaire d’hostilité suspicieuse naissant de la superstition et mélangeant les craintes de sorcellerie au fantasme de Vouivre. La narration repose sur les points de vue, le sentiment de responsabilité grisante de Camille, l’atmosphère de protection et de sécurité pour Marine qu’elle peut nourrir par la manipulation d’une relation exclusive, et tout autour le jugement hâtif né de l’ignorance et de l’archaïsme campagnard chez la vieille mère pétrie de préjugés et les villageois intrusifs provoquant la défiance de Camille. La fin de la première partie de l’histoire est cataclysmique à partir de la naissance de Rufus, avec la propagation de la vérité désignant un prêtre comme le père de l’enfant, la mort de la mère de Camille devenue hystérique après avoir accouché Marine, le suicide de Monjean et l’agression du curé de la paroisse par un jet de pierre de Rufus. La venue au monde de l’enfant apporte l’intensité d’un nouveau point de vue inspiré par la haine des hommes et la détestation de la religion de Marine, mais surtout mène au tournant capital du livre qui correspond à la scène inaugurale cauchemardesque, à la malédiction de Camille destiné à visiter sa propre sépulture dans un sursaut temporel de vingt ans et une migration de l’esprit par-delà la séquence pivot de Rufus menaçant Camille avec son fusil pour protéger Marine. La profondeur torturée des détresses psychologiques déploie une efficacité diabolique dans l’incarnation des émotions à la portée métaphysique et ontologique, dans un glissement des identités projetant une maternité tragique et une paternité cryptique dégoutante du brouillard aux limites de la réalité, dans un roman qui dépasse un style simple par des passages de terreur folle et la construction habile d’une horreur intemporelle et vénéneuse.

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