
John Mashiell Carrow délaisse ses activités de patron d’une compagnie commerciale et de membre du Gouvernement des Mondes Unifiés pour superviser l’évacuation des Marginaux de leur territoire sauvage de l’Arctique et s’emparer de ce dernier refuge pour une nature immaculée. John charge son frère Raviroy de veiller sur Deva sa fille de treize ans dans un chenillard de reconnaissance conduit par Dolgon mais un accident survient en poursuivant Manoudh, celui-qui-chasse-seul, et réunit deux êtres humains diamétralement opposés.
Cette dystopie socioécologique se construit dans l’antagonisme radical en apparence entre une civilisation uniformément globalisée autour d’une industrialisation à outrance et une enclave cernée dans laquelle la liberté et la solitude sont encore possibles. Mais les doutes informulés assaillent les personnages du début à la fin au travers de dialectiques qui perméabilisent les oppositions, Manoudh attire le chenillard dans un piège mortel pour se protéger de la menace puis dépasse son instinct en prenant soin d’un assaillant en détresse, Deva et son père finissent par apprendre de la nature brute en transcendant la vanité des a priori culturels et la vacuité de l’appropriation destructrice. La critique du colonialisme et du progrès générant la pollution s’ajoute à l’échec pratique de l’utopie d’un gouvernement mondial et à l’impossibilité fondamentale d’unifier l’espèce humaine sans la diluer et l’affaiblir. L’intention d’alerter sur la nécessité de la conservation du biotope est transparente mais une subtilité certaine permet d’éviter l’angélisme par des nuances dans le récit mêlant des touches de tristesse et des élans de douceur aux accès de colère et d’incompréhension. La littérature jeunesse de qualité est celle qui ne sous-estime pas son lectorat et ce roman en fait incontestablement partie.