L’ombre de la louve – Pierre Pelot

Ahorn désormais sans clan est témoin au cours de son périple de l’agression d’une jeune cueilleuse par un chasseur et, pour se défendre elle le frappe à la tête avec une pierre puis s’enfuit.
Le premier contact d’Ahorn avec les Ohioro est donc très tendu, la jeune Nohiqu’anah l’accusant d’être responsable de l’état désastreux du robuste Oatti, mais le subterfuge ne tient pas et elle finit par avouer, provoquant son exil temporaire sous la surveillance d’Othraq’o. Cette suite de Le jour de l’enfant tueur s’inscrit dans la même ambiance et développe la même forme de polar aux ramifications spirituelles et aux ressorts de mensonge, de jalousie, de non-dit et de manipulation. Le récit conserve son terreau mythologique et religieux, prolonge directement le concept de réincarnation à la base de la conclusion horrifique du précédent tome autour de l’enfant vieillard d’Ene’a, cette fois transposé dans l’attente de la naissance d’une fille qui prendra le relais de la cheffe décédée. La présence d’Okgha le Rêve qui est la parole d’Okough est toujours aussi prégnante et s’exprime dans une certaine idée de la prédétermination transcendante, recours lancinant comme l’expression d’une inspiration et d’une intuition pour l’enquête en immersion, mais aussi comme un alibi et un moyen de pression dans la lutte de pouvoir et d’influence au sein du clan. Le signe d’une anticipation de la modernité transparait ici par l’improbable intervention chirurgicale menée par Ahorn sur le crâne d’Oatti pour résorber un hématome sous-dural. Au-delà de cette boucherie clinique, l’aspect gore se révèle vraiment dans la description, comme une nature morte grouillante, du cadavre d’Othraq’o. Le diptyque des aventures d’Ahorn est très cohérent dans son ensemble mais s’enrichit dans cette histoire d’une connexion profonde avec le règne animal, ajoutant encore de la poésie et un sentiment de liberté à l’image de la louve furtive du titre du roman. La société humaine est dépeinte dans sa médiocrité archaïque et intemporelle, dans sa simplicité que le vernis d’une pensée abstraite unificatrice ne parvient pas à rendre intrinsèquement meilleure.

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