Le jour de l’enfant tueur – Pierre Pelot

Il y a 35000 ans, Ahorn du clan des Annâanni est choisi dans le cadre d’un échange contre deux femmes avec le clan des Ohihani pour équilibrer leur population.
Ahorn n’est pas réticent dans l’optique de connaitre Ene’a qu’il a aperçue une seule fois, motivé par la révélation mystique d’Okgha le Rêve qui est la parole d’Okough durant son épreuve pour le désigner comme le meilleur des Annâanni. Face à cette dimension impalpable, l’histoire bifurque en direction d’une forme de polar lorsqu’il découvre que sa nomination était arrangée et que Ene’a a disparu. L’aventure se déploie alors autour de la présence inquiétante des hommes nokh, à la bouche en grande partie cousue et au nez obstrué, et sur les traces du clan Ohisihan mené par Hans-Ohisihan détenteur d’un savoir supérieur. Apprenant le rapt d’Ene’a par les Ohisihan, Ahorn se lance dans une expédition qui se révélera chaotique et brutale au travers de proclamations assourdissantes et de fulgurances gore. Cette histoire apparait comme un tournant dans l’évolution humaine par l’affirmation de sentiments complexes tels que l’amour et la justice ouvrant une voie balbutiante pour nuancer l’égocentrisme et la prédominance des tabous claniques, montre aussi la survenue d’une inspiration transcendante annonciatrice des mythologies et des religions. Tout le récit se pose comme un drame au déroulement archétypal et intemporel, le terreau tragique renfermant les graines subtiles et nuancées d’une sociabilité à venir faite de non-dits, de mensonge, de manipulations, de combats et de folie dans l’ouverture d’une société rudimentaire vers les tensions nouvelles d’une libération face à la cruauté de l’être-au-monde et le tiraillement de la dialectique entre identité et altérité. Ce livre est d’une intensité primaire et sauvage exprimant la condition fondamentalement incertaine et précaire des humains, sous le signe de la culpabilité ravageant les enfants, les femmes et les hommes.

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