
Pour présenter sa vision de l’histoire de la Rome antique, Jean-Pierre Andrevon décrit quatorze séquences comme autant de tournants décisifs sur le chemin de la grandeur et de la décadence d’un Empire immense, dans un récit vivant et incarné se concentrant sur les individus en-deça des mythes avec un sens aigu de la tragédie.
A cet égard, la fondation de Rome, découlant d’une traitrise si courante dans l’Antiquité d’un trône usurpé et de meurtres intrafamiliaux, est introduite avec originalité du point de vue de la louve Tara qui découvre Remus et Romulus. La ville nouvelle, érigée après que Romulus ait tué son frère, comme dans un ancrage symbolique rustre, n’abrite que des hommes et la décision est prise d’attirer par une fête les nobles de la voisine Albe la Longue, capitale du royaume des Sabins, et de capturer leurs femmes. Ce moment donne lieu à une des bizarreries éthiques de l’époque avec les Sabines qui acceptent rapidement leur condition de captives. Ensuite, Jean-Pierre Andrevon met en scène avec subtilité le dialogue entre Horacius Cocles et Mucius Scaevola, un borgne et un manchot, pour évoquer leurs exploits face aux Étrusques et les horreurs de la guerre, faisant infuser son antimilitarisme avec discrétion. Par l’arrogance fatale du consul Quintus Falius, Rome est mise à sac par les Gaulois menés par Brennus, sauvée finalement par Camille, général exilé. Les guerres puniques sont racontées par le soldat Appius Publicola sur son lit de mort, du point de vue d’un légionnaire dans la confrontation avec Hannibal et les Carthaginois au pied des Alpes et à Cannes, déroutes rachetées par la prise Syracuse et de Carthagène, campagne qui prend fin en Lybie. L’effritement sociétal de Rome trouve en Spartacus une figure puissante qui représente le soulèvement des esclaves face à la dictature. L’arrogance politique qui assure à la fois gloire et discontinuité à Rome trouve son expression dans l’existence contrastée de Jules César et sa fin théâtrale. Justement, Cléopâtre fait le constat amer de sa relation avec Rome, sa passion avec Jules César puis avec Marc-Antoine installé à Alexandrie comme consul d’Orient, idylle finissant de funeste façon sous la pression d’Octave alors consul d’Occident. Le pouvoir peut aussi rendre fou à l’image de Néron qui doit son ascension aux assassinats intrafamiliaux devenant une habitude et menant à une vie psychique de mégalomanie et de cruauté. Comme un signe avant-coureur parmi d’autres, Pline le Jeune est témoin de l’éruption du Vésuve et de l’ensevelissement de Pompéi, augure d’un Empire destiné aux ruines. Un nouveau sursaut sociétal apparait avec le monothéisme chrétien porté par le martyre de Sébastien de Narbonne, officier exécuté par le préfet Manlius suivant l’ordre de l’empereur Dioclétien. L’ouverture vers une tolérance religieuse et à terme la prédominance du christianisme viendront de la révélation du consul d’Orient Constantin lors de sa victoire sur Maxence. La plus grande confrontation opposera finalement les Romains aux Huns menés par Attila et vaincus par Aetius aux champs catalauniques près de Troyes en Gaule.
Jean-Pierre Andrevon déploie une approche personnelle et passionnée qu’il explique dans sa postface, une étude faite de fascination, similaire à celle pour les dinosaures, à l’endroit des traces et des vestiges laissés après une disparition monumentale.