
Christian Grenier présente ici sa propre version d’un récit maintes fois recomposé, source fondatrice de ce que deviendra la fantasy et odyssée antérieure à l’œuvre de Homère. Cette histoire est avant tout une quête d’identité, un « connais-toi toi-même » dans une révélation brutale pour Jason d’une tragédie familiale, son oncle ayant usurpé le trône de son père après avoir égorgé sa mère et ses frères. Ces prémices sanglantes n’altèrent en rien l’éducation de Jason pourvue par Chiron le centaure et sa seule motivation consiste à restaurer l’honneur de son père et rendre justice. La particularité de l’épreuve à l’origine de l’aventure tient dans le fait qu’elle ne lui est pas imposée, Jason veut affirmer son courage dans une défiance envers un monde figé quitte à cheminer à l’encontre des conventions divines. Mais des divinités appuient sa démarche et l’équipage de l’Argo se constitue autour de demi-dieux et de héros, d’une cinquantaine de personnages hétéroclites peu mis en avant. Une dimension incongrue plane sur cette aventure, symptomatique de l’Antiquité et similaire à certains passages bibliques ou de la Rome antique, qui déploient non seulement une sauvagerie comme le crime inaugural de Pélias, mais aussi un flottement éthique difficile à appréhender, d’autant plus pour des enfants, comme le comportement des femmes de Lemnos, et encore mieux avec la figure plus que contrastée de Médée qui cumule ces deux traits de perversité et incarne une sorte de personnage horrifique dans un conte destiné à terroriser la jeunesse. Christian Grenier se démène avec un matériau brut qu’il raffine comme il peut, démarche qui trouve son apogée dans l’épisode du massacre des Dolions d’une magnifique intensité émotionnelle.