
En douze chapitres et autant de figures héroïques dans les domaines de l’art, de la philosophie, de la politique et de la guerre, l’histoire devenue légendaire de la Grèce antique est tissée chronologiquement dans un entrelacs de données historiques et de motifs romancés pour rendre les mythes vivants et les habiller de dialogues plausibles. Christian Grenier s’en explique à merveille dans sa postface pleine d’honnêteté intellectuelle.
Il débute cette plongée lointaine par l’incertitude de la question homérique pour enchainer sur la légende de la bataille de Marathon et de la course de Philippidès qui mène au barrage des Thermopyles. Ensuite le savoir est mis à l’honneur en concrétisant la démarche fondatrice par l’astronomie d’Anaxagore et introduisant la figure tutélaire de Socrate, en valorisant l’influence d’Aspasie sur Périclès, en interprétant le passage de témoin entre Socrate et Platon, en illustrant le dénuement de Diogène, en montrant la résilience de Démosthène puis en déployant l’exil d’Aristote qui le mènera à assurer l’éducation du futur Alexandre le Grand qui sombrera dans la décadence à l’image de la dilution d’un territoire immense dans une soif inextinguible de conquêtes. Enfin, un retour au rationalisme s’opère avec le calcul de la circonférence de la Terre sous l’impulsion d’Eratosthène et avec l’illumination à l’origine de la poussée d’Archimède.
Derrière la magnificence intemporelle de cette civilisation apparait dans ce livre une zone d’ombre constituée d’une réalité sociale loin d’être idyllique et d’un intégrisme religieux qui protège les traditions et répand l’intolérance, présentant des pistes de réflexion d’actualité, la promotion de l’autonomie de la pensée par la présentation des notions socratiques de la maïeutique et de l’allégorie de la caverne ou le divertissement suprême pour un jeune lectorat que constitue le cynisme de Diogène en tant que démarche totale d’humilité.