
De retour d’un photo-reportage mouvementé avec une équipe de Greenpeace au contact d’un baleinier norvégien et conforté par sa lointaine formation militaire et son expérience de journaliste sur de nombreux théâtres d’opérations de guerre, Marc Lucciani est chargé d’infiltrer un safari confidentiel pour personnes fortunées en Roumanie.
L’ouverture du roman est une plongée instantanée à la fois dans l’aventure trépidante et surtout le socle thématique à la dimension autobiographique nourri par le questionnement éthique de Jean-Pierre Andrevon sur le règne animal et l’espèce humaine. Avec l’opinion de l’auteur sur la chasse, l’antimilitarisme rejoint une empathie pour l’innocence animale et sa souffrance, pourtant consciente du piège de l’anthropomorphisme et de la tentation d’instituer une échelle des victimes. Le récit prend la forme d’un thriller sur le trafic d’espèces animales menacées imprégné par la description omniprésente de l’environnement froid et humide des Carpates, par un rythme alternant la vie feinte en communauté parmi une dizaine de personnages dans un huis clos tendu et des scènes d’action sauvage dans une gradation parfaitement maitrisée, ponctué comme dans beaucoup de romans de Jean-Pierre Andrevon d’innombrables références culturelles surtout cinématographiques et d’un érotisme très présent. L’histoire bascule dans le dernier tiers du livre, l’humain est un animal qui se divise en deux catégories et la bienveillance naturelle de Marc le pousse vers une amitié improbable pour un couple de riches naïfs éveillée par l’émotion ressentie face à la destinée cruelle d’une innocente employée roumaine, vers une confrontation bestiale avec les responsables cyniques d’une entreprise inique qui justifie moralement le meurtre comme à la fois condition de survie et moyen de vengeance, promise, préventive et proportionnée au-delà de la justice des hommes.