
Fabien est un garçon plutôt petit pour son âge et asthmatique qui trouve, en rentrant du collège, une griffe impressionnante à ses pieds sur le sol du parking devant son immeuble. Rabroué par des plus grands que lui, délaissé par sa mère Cristelle qui ne fait que travailler ou sortir avec son nouveau petit ami, son seul pote Rachid et Chafia la seule fille qui l’intéresse qui sont assez distants, l’imagination de Fabien le soir dans sa chambre devient exubérante et se manifeste par des ombres et des bruits mystérieux. Mais des indices matériels semblent montrer qu’il ne rêve pas, une voiture écrabouillée, une grande écaille découverte par terre et une énorme libellule qui se cogne à sa fenêtre.
Une grande partie du livre se focalise sur le doute de Fabien face aux incursions de fantastique dans la réalité, à défaut d’action, puis le récit s’emballe avec l’apparition conjointe de Frank Durrieux, ancien contrebandier raciste, et d’Andrzej Krakovicz, vieux zoologue cloué dans son fauteuil roulant avec une vraie jungle dans son appartement. L’équilibre de l’histoire est spécial, développant le portrait d’un enfant rêveur et réservé dans une cité représentative des années 90 où les gamins parlent en verlan, puis basculant dans une frénésie de rebondissements et un déferlement d’émotion en quelques pages pour une résolution basée sur une magie africaine vengeresse qui réussit tout de même à préserver une certaine douceur poétique et une promesse imaginative. Jean-Pierre Andrevon projette un peu de son univers, un héros peu adapté à la société, un débordement perceptif d’une autre réalité, la lutte contre l’intolérance, la présence d’un vieux monsieur plein de sagesse, l’amour de l’Afrique et des dinosaures, le mystère féminin, dans un mélange accessible à un jeune lectorat.