Dans les décors truqués – Jean-Pierre Andrevon

Dans Dans un verre d’eau, Louis Allézières est un garçon qui ne veut pas quitter son lit pour affronter le froid et la pluie d’une ville grise et sale aux rues interminables et se rendre à l’école auprès de camarades qui le harcèlent. Cette nouvelle sombre déroule en accéléré la vie d’un inadapté, sa trajectoire dénuée de liberté, une existence absurde et frustrante dans un labyrinthe prédestiné, de l’arrachement à la matrice jusqu’au recouvrement du linceul, dans un cycle de solitude et d’impuissance.
Dans Les retombées, un échantillon de la population se regroupe au hasard après une explosion nucléaire ; François le personnage principal, Marie-Françoise et Jacques un couple uni, Catherine une jeune fille simple et Ernest un vieux paysan sont retrouvés par un convoi militaire et acheminés jusqu’à un camp de réfugiés. Après le choc initial et au gré du changement climatique immédiat, la vie s’organise sous la contrainte, autour d’un présent pesant, d’un avenir incertain et d’un passé lourd de références à la Seconde Guerre mondiale. La situation s’éternise dans l’ignorance, la promiscuité et l’anonymat, l’univers personnel se rétracte, sans nouvelles des proches, la perspective devient inhumaine dans une condition de bétail aveugle et privé de liberté, forcé d’accepter une autorité au dessein nébuleux. Au-delà du doute constant, la dystopie désespérée prend réellement forme avec la séparation des sexes et la découverte du cadavre.
Dans Le jeu de la guerre, des combattants sont galvanisés avant de prendre part à des différentes batailles et mourir, jusqu’à un soldat qui décide de faire demi-tour et déserter. Ce texte montre la sauvagerie animale, le conditionnement haineux, l’ignorance et l’aveuglement du manichéisme, l’extrême absurdité de la guerre, au travers de l’émanation désincarnée d’une expérimentation microcosmique amorale.
Dans Régression, Christophe est recueilli après la mort de ses parents, mitraillés sous ses yeux par un avion allemand attaquant une colonne de civils en fuite, chez sa tante Estelle et son oncle Antoine absorbé par ses mystérieuses expériences scientifiques. Pour fuir la Seconde Guerre mondiale Antoine a mis au point une machine à voyager dans le temps qui les transporte pendant la Première Guerre puis se détraque et les dépose au jurassique. L’ironie du sort transforme le fantastique science-fictif teinté de romantisme gothique en un retournement de la causalité d’une amoralité archaïque.
Dans Le temps du météore, une lueur traverse le ciel au-dessus d’un village et des chasseurs retrouvent dans un pré ce qui semble être un satellite qui se désagrège rapidement, ressemblant vite à une météorite pour d’autres témoins. Le contraste entre la description d’une poésie végétale et animale du vaisseau puis la vie ordinaire d’une famille de paysans, du maire, d’une institutrice et d’un jeune garçon avec ses parents, autour des débris déliquescents montre un merveilleux qui se dilue dans des trajectoires existentielles terrestres faites de banalité et de vœux contrariés.

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