
Cette plongée dans la carrière de l’écrivain, scénariste, poète, peintre et photographe débute logiquement avec ses plus grands succès de fantastique horrifique, Hellraiser, Les livres de sang, Le jeu de la damnation, avant de se pencher sur son enfance et sa scolarité qui lui donne l’occasion de faire partie d’une troupe d’amis et d’exercer son talent naissant de scénariste pour le théâtre, hanté par les figures mythiques et la cosmogonie mythologique. En parallèle de ses expériences pour le cinéma et la télévision pas vraiment satisfaisantes dans les résultats, il écrit Le royaume des devins, un autre grand succès cette fois de fantasy, enchainant avec Cabale une histoire empathique sur une communauté de monstres qui attendra vingt-cinq ans pour qu’une adaptation en film ressorte selon sa vision initiale. Puis Secret show ouvre une trilogie planifiée se nourrissant de l’inconscient collectif et d’onirisme. Avant de s’installer aux États-Unis, il rédige Imajica une fresque qui transcende la condition humaine et révèle une pluralité des mondes dans une révélation mystique. Ensuite Le voleur d’éternité prend la forme d’un conte pour enfants qui parvient aussi à toucher un public adulte. Everville vient s’insérer à la suite de Secret show orientant la trilogie vers des considérations métaphysiques et un point de vue déplacé. Avec Sacrements il livre un roman profondément autobiographique sur le deuil et un éloge de la différence comme richesse. Galilée opère un mélange entre la magie de la fantasy et le réalisme d’une romance dans un conte qui constitue une réflexion sur la transmission des histoires. Alors que son père vient de mourir, Coldheart Canyon présente une histoire de fantômes et une vision acerbe d’Hollywood. Longtemps développé à partir de nombreuses illustrations peintes, Abarat renoue avec la forme de conte enfantin dans une thématique temporelle. Jakkabok est une parenthèse démoniaque et une mise en abyme du pouvoir des mots. Après une longue gestation, Les évangiles écarlates donne suite et fin à Hellraiser en introduisant pour la première fois à l’écrit le personnage de Pinhead.
Au-delà de ces jalons littéraires sont abordés les autres projets inédits en français ou d’une implication moins directe, dans les interstices apparaissent des œuvres qui se superposent et s’interpénètrent dans une multitude d’itérations. Les pages de ce companion montrent l’évolution de l’artiste, l’émergence de sa peinture en tant qu’art complet dépassant sa fonction d’illustration a posteriori de ses livres, sa frustration continuelle dans le milieu concret de l’industrie cinématographique, son ouverture vers les comics, les jeux vidéoludiques et les jouets. Tout un ensemble thématique est exposé, mêlant un fond de religiosité, la résurrection, la peccabilité et la quête de sens, la métamorphose, les portails sur d’autres mondes et l’unité des dimensions, la romance et la fragilité de la vie, la fertilité de l’imagination et du subconscient. Ce livre magnifique se base sur des témoignages et des interviews, mais aussi et surtout déploie des reproductions de manuscrits, de dessins, de peintures, de photographies et de matériel promotionnel pour accompagner l’inspiration flamboyante d’un génie.