
Félix Froment est de retour là où il a grandi, après son évasion au bout de dix ans du bagne de Cayenne. Un cambriolage chez un bijoutier lui a permis de se procurer de nouveaux papiers sous le nom de James Morgan et un flingue. Dans son ancien quartier de la banlieue industrielle parisienne il retrouve le bar L’Étoile de mer qui fait pension et loue une chambre.
Ce roman noir à la première personne est un théâtre au décor glauque habité par une distribution patibulaire et cerné par un vent glacé charriant une pluie qui ne cesse de verser et d’étouffer une lumière pisseuse. S’installe alors un huis clos oppressant, sa fausse identité devient vite suspecte et la police commence logiquement ses recherches du fugitif dans son quartier natal. Il tourne comme un animal et son rapprochement avec Édith la bonne de l’établissement par son innocence le confronte à son enfance, ses parents et sa longue trajectoire de guigne, vie minable d’engrenages conditionnés par la génétique ou l’environnement, peu importe car l’injustice ressentie s’exprime dans le niveau social qui perdure chez les malfaisants, les riches s’en sortent et les pauvres s’enfoncent, dans une prédétermination sans mérite qui met Dieu hors-jeu. Cette force centripète qui colle le bougre à son lieu de naissance barre l’horizon fantasmé et transforme le voyage en torture, sauf le dernier dans l’immobilisme de l’effacement, dans un sursaut d’amour à défaut de la présence de Dieu diluée dans la causalité et son absence de sens à l’échelle de l’individu. Cette sombre histoire argotique décrit un après-guerre misérable où la filouterie pour une population à la destinée orageuse permet de survivre mais enferme dans un cloaque existentiel.