Loups-garous – Histoires fantastiques du Québec

Dans Une histoire de loup-garou de Louvigny de Montigny, Jos Niel emmène à la chasse un groupe d’étudiants et au retour les presse de poursuivre la marche, refusant de bivouaquer en pleine nature, récit à l’appui de sa première rencontre avec un loup-garou en ce même lieu. Le contraste est saisissant entre le phrasé plutôt citadin des jeunes et la narration qui devient vite intense et bouleversée du trappeur exprimant une certaine religiosité rurale de réputations et de méfiance envers toute déviance.
Dans Un loup-garou de Louvigny de Montigny, cette variation du texte précédent débute différemment et présente une description de la nature plus poétique et chromatique avant d’enchainer sur l’histoire de Jos Niel à l’identique si ce n’est le petit doute vite balayé sur l’influence du whisky.
Dans Le loup-garou de Benjamin Sulte, les hommes d’un chantier se font chacun leur tour attaquer et voler leur casque en se rendant à la fontaine, font valoir leur droit de retrait en criant au diable mais acceptent d’attendre la venue du contre-maître en chef pour une décision. Ce conte humoristique repose sur la facilité à céder aux craintes superstitieuses et à oublier la majesté de la faune, le fautif étant un puissant hibou, et Monsieur Charles le narrateur n’a pas pu s’empêcher avant de connaitre le fin mot de fanfaronner devant les hommes en affirmant avoir déjà rencontré un loup-garou dans le passé.
Dans Le loup-garou de Louis Fréchette, la vieille mère Catherine entend la discussion d’un groupe de jeunes filles à propos du mariage de l’une d’entre elles avec un homme riche mais incroyant et leur raconte l’histoire de Joachim Crête et de son aide au moulin Hubert Sauvageau, décidés de laisser tourner la grand-roue et de jouer aux cartes en buvant plus que de raison au lieu de se joindre à la Messe de Minuit la veille de Noël. Ce texte prend comme base une sagesse populaire distillée par les ainés (et surtout les ainées) et une piété religieuse assidue pour ensuite vite dévier sur un conte moral fustigeant une asocialité alcoolique et athée prenant le loup-garou comme symbole.
Dans Le loup-garou de Pamphile Le May, la vieille Geneviève Jambette raconte l’expérience de son frère Firmin face à un loup-garou en la personne de Misaël la veille de son mariage qu’il a blessé en se défendant alors qu’il le cherchait peu après minuit, ayant disparu des festivités. L’histoire insiste sur la constance et l’assiduité dans la religiosité, entrant un peu plus dans les détails, attribuant la survenue de la lycanthropie à sept ans d’absence de communion, toujours dans l’expiation et l’affirmation d’un engagement envers les pionniers et leur croyance.
Dans Une histoire de loup-garou de Wenceslas-Eugène Dick, Antoine Bouet anime un repas arrosé en racontant l’histoire du meunier Jean Plante et de son frère Thomas qui rabrouent un nécessiteux venu quémander, avec pour conséquence l’arrêt du moulin et une querelle entre frères. Ce court texte rappelle les marqueurs du récit de loup-garou, le caractère d’ivrogne colérique du témoin de la transformation et son absentéisme aux offices religieux couronné par son mépris de la charité qui mènent à l’immobilité des engrenages, l’apparition du grand chien ici précédée par un tintamarre et la danse de feux follets pour entériner le sortilège.
Dans Le loup-garou de Honoré Beaugrand, Pierriche Brindamour poussé par un avocat de Montréal lors d’une réunion politique raconte sa vision un jour depuis son bateau d’un groupe de loups-garous dansant autour d’un feu sur l’île de Grâce à la Toussaint, puis le témoignage de son père entiché de la fille d’un chasseur de la tribu des Abénakis et tombant nez à nez avec un loup au rendez-vous nocturne convenu dans les bois. La particularité de cette histoire vient du fait que les indigènes apparaissent autour du mauvais chrétien, la lycanthropie féminine symbolise la tentation pour le colon volage, et que le moyen de redonner forme humaine consiste à effectuer une incision en forme de croix sur le front, finalement remplacée ici par l’exubérance précipitée d’un démembrement.
Dans Boule de neige et loup-garou de Charles-Marie Ducharme, le Petit Sornet annonce aux villageois de Garouville réunis chez le père Crédule que le docteur Malin a observé la veille au pied d’une colline un petit homme noir trainant une longue queue, ce qui convainc la troupe de s’armer et d’aller débusquer le loup-garou. Ce conte enfantin tourne à la farce avec les noms prédestinés et les efforts déployés en ouverture pour ne pas voir le piège par le sérieux du docteur qui va de soi et le talent de perroquet du Petit Sornet capable de répéter à l’identique le sermon du curé, motivant le groupe autour d’une ancienne épée de colon qui donne un courage relatif.
Cette littérature du XIXe siècle déploie un charme certain et au fil des contes fantastiques se révèle la tradition folklorique autour du loup-garou, au gré des variations et de précisions suivant les sources et leur mise en forme. Découlant directement de conceptions religieuses, la lycanthropie est un châtiment divin qui n’advient pas par hasard, la personne métamorphosée et celle attaquée sont toutes deux victimes et responsables d’un manque de foi, d’un tempérament violent et souvent alcoolique, signes de modernité et d’oubli des racines, une affection qui n’est pas transmissible biologiquement comme chez les vampires ou les zombis de la pop culture. Le moyen de s’en prémunir est d’aller à la messe et à confesse, sinon le sujet court le loup-garou, les poils lui poussent en dedans, et pour le délivrer, inverser le processus, du sang doit sourdre d’une blessure, provoquant chez la personne qui a pratiqué la délivrance la folie.

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