Swap-Swap – Richard Canal

À Dakar, un homme émerge amnésique face à un chien qui lui parle, lui explique qu’il est victime du virus H-38 inoculé pour siphonner la mémoire. Effacé du réseau planétaire Sensipac, il est malgré tout aiguillé sur la piste de son passé par un mystérieux message.
Autour de la base science-fictive et dystopique d’une technologie intrusive et d’une nature bafouée, le côté polar se déroule dans une dialectique entre chasse et fuite qui brouille les rôles, et surtout l’aventure profite de ce terrain diversifié, entre exotisme et claustrophobie, reposant sur une galerie de personnages exubérants, alcooliques et désespérés. L’histoire s’égrène suivant l’émergence des souvenirs de Roman Leyter, semés par Mérine Snojborg dont la véritable fonction est volontairement floue comme tous ceux en rapport avec Sensipac et des dirigeants en retrait derrière l’ombre de la guerre, l’emprise sociale et la déliquescence étatique. Les péripéties sur trois continents du duo improbable sont incertaines et agitées, à leur image, Roman qui subit et ne s’appartient plus, Stanislas un keïno chien écrasé par sa conscience humaine et manifestement cachottier, mais au bout de ce récit la maïeutique débouche sur le cœur de l’anticipation, la quintessence d’une vision littéraire prévoyant la chute de la civilisation occidentale arrogante, la nocivité d’un système d’information aliénant et mondialisé qui empoisonne les esprits et de fait les générations, et surtout en réponse l’éveil inexorable de l’Afrique noire qui rayonne comme un aimant dans les échos de l’origine de l’homme, une terre ancrée face aux ridicules désirs de verticalité dénaturée des blancs. Ce livre est à la fois un cri d’amour et la considération d’un passé à transcender qui se concrétise dans l’évolution de l’espèce, un avenir à construire.

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