Bifrost 22 Spécial Clifford D. Simak

Dans Mascarade de Clifford D. Simak, Craig dirige sur Mercure une Centrale Énergétique et ses employés humains cohabitent à distance raisonnable avec des distorsions spatiales dues à la proximité du Soleil et un peuple de chandelles romaines qui se contentent de prendre la forme des images mentales des hommes pour les amuser. L’histoire repose sur l’exotisme total d’une espèce télépathe et métamorphe de pure énergie potentiellement immortelle, la capacité de dissimulation élaborée et une malignité inhumaine qui mènent à une incompréhension radicale et une empathie impossible entre deux formes de vie hétérogènes. Clifford D. Simak ne s’aventure pas dans le récit d’invasion et d’horreur biologique en séparant les corps par des barrières photovoltaïques, mais plutôt de proximité rusée et de duplication indépendante, sans surenchère dans la terreur et même dans une action enjouée, entrecoupée de petites montées d’angoisse, avec comme témoin embrumé Rastus, un vieux fermier alcoolique et incongru sur cette planète aride.
Dans Un Van Gogh de l’ère spatiale de Clifford D. Simak, Anson Lathrop se rend sur une planète à la frange de la galaxie habitée par un peuple de gnomes ascétiques et daltoniens, sur laquelle est mort le peintre Reuben Clay au bout de son exil avant d’avoir pu achever sa dernière œuvre. Clifford D. Simak oppose la religion et la science, la foi et la logique, l’humilité et l’aveuglement pour mieux approcher la zone mentale de contact entre simplicité et virtuosité artistique dans une transcendance intemporelle et magique.
Dans Une visite chez mère-grand de Clifford D. Simak, deux jeunes enfants arrivent chez les Forbes dans le Wisconsin en 1896 et déclarent porter le même nom de famille que la femme qui les accueille. A l’image de la nouvelle précédente, l’alliance de la spiritualité atavique et de l’évolution technique n’a manifestement pas porté ses fruits dans l’avenir, les enfants devant fuir le futur dystopique, l’ensemble assurant la cruauté rétrospective et la potentialité cyclique de ce conte de voyage temporel à la poésie bucolique qui ne parvient pas à masquer l’angoisse diffuse.
Dans Le puits siffleur de Clifford D. Simak, Thomas Parker arpente les terres de ses ancêtres à la demande de sa tante âgée pour des recherches généalogiques sur leur famille. Cette embardée de Clifford D. Simak vers l’horreur lovecraftienne est foisonnante, non linéaire et basée sur des témoignages, reposant sur un sentiment d’appartenance à la terre immémoriale et sur la proximité intemporelle avec la vie préhumaine matérialisée par le caillou de gésier préhistorique et le puits qui devient instrument et passage pour les forces obscures et archaïques. Chez le protagoniste surgit la confrontation entre la rationalité et une religion primordiale qui révèle une filiation d’une étrangeté terrible.
Dans A la chandelle de Maitre Doc Stolze de Pierre Stolze, la sortie de La Lune seule le sait de Johan Heliot est l’occasion parfaite de rappeler la conviction d’une importance constitutive de la dimension politique du steampunk dans une profonde démarche utopiste.
Dans Super les héros ! : Le retour de Lone Sloane de Philippe Paygnard, ce rappel de la carrière de Philippe Druillet s’articule autour de son héros fétiche qu’il intégrera dans son œuvre majeure Salammbô.
Dans Clifford D. Simak : La pêche et les étoiles de Francis Valéry, Clifford D. Simak conservera de son enfance à la ferme familiale une nostalgie du rapport simple à la nature, d’une sagesse paysanne et de l’évidence d’une entraide fraternelle. Cette position de recul sur la fascination pour l’évolution technologique rejoint ce qui s’apparente à l’indépendance d’un écrivain libre et amateur qui aura choisi le journalisme comme métier et l’éloignement des grandes villes comme cadre de vie.
Dans Des extraterrestres pour voisins : Réévaluer Clifford D. Simak de David Pringle, Clifford D. Simak n’a pas été précoce et il restait un peu en marge au début de l’âge d’or, sa science fiction n’est pas innovante, mais son art s’affine avec les années, mettant toujours en scène des personnes âgées des aliens bienveillants et des robots serviles dans un mélange détonant de science et de spiritualité, à la limite de l’anarchie et pourtant en quête de quiétude dans un fauteuil confortable parmi les livres. L’analyse thématique de cette étude érudite est foisonnante, révélant une constance dans l’obsession et une forme de récit aux influences multiples.
Dans l’Interview de Clifford D. Simak par Paul Walker, l’écrivain revendique l’alliance entre le fantastique et la science fiction, mêlant fantômes et robots, mythologies antiques et visions sociales futuristes. Il parle de l’espèce humaine et atteint un universalisme dans la survivance d’un principe de vie primordiale et un évolutionnisme confiant, la notion d’humilité rejoint la conscience de faire partie d’un Tout. Sa position à propos de la religion s’apparente à un monothéisme un peu vague à tendance chrétienne tirée des premiers temps de l’enseignement christique plus porté sur l’éthique que sur le matérialisme moderne du clergé.
Dans Empire, le roman fantôme de Clifford D. Simak de Guy Sirois, la sortie de son seul roman non traduit semble anachronique, la qualité du texte brise la continuité de sa production. La raison résiderait dans le fait que John W. Campbell Jr. soit le géniteur de cette histoire et que Clifford D. Simak ait réécrit ce cadeau avec trop de respect et de déférence pour son mentor.
Dans Demain les chiens : une préface de Robert Silverberg, les anecdotes abondent et mènent au paradoxe de l’auteur doux et bienveillant qui écrit un roman pessimiste, misanthrope et transformant la déception en nostalgie amère.
Dans Le petit guide de lecture à l’usage de l’explorateur simakien, les critiques parues dans Bifrost sont reproduites, offrant une vue d’ensemble riche de différentes approches personnelles suivant le rédacteur ou la rédactrice.
Ce dossier est bien complet en proposant deux nouvelles encore inédites, les deux autres sont trouvables dans Voisins d’ailleurs, et en réunissant une variété de points de vue de qualité afin de prouver que l’œuvre de Clifford D. Simak n’est pas simpliste.

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