Plus noir que noir – Stephen King

Dans Deux crapules pleines de talent, Mark découvre à la mort de son père Laird Carmody comment il est devenu écrivain à succès du jour au lendemain une nuit de novembre 1978, au cours d’une partie de chasse avec son acolyte Butch devenu ensuite un grand peintre. La nouvelle développe avec sensibilité le thème de la filiation et interroge la nature du talent artistique à l’occasion d’une rencontre avec des extra-terrestres qui récompensent la bonté naturelle des deux amis issus de l’Amérique profonde.
Dans La cinquième étape, Harold Jamieson est abordé alors qu’il lit son journal sur un banc de Central Park par un homme qui doit se confier à un inconnu pour compléter sa démarche chez les Alcooliques Anonymes. Cette nouvelle à chute permet d’illustrer le triptyque cher à Stephen King de l’alcoolisme, du mensonge et de la violence.
Dans Willie le Tordu, un garçon un peu simplet et fasciné par la mort des animaux entretient une relation privilégiée avec son grand-père sur le point de mourir d’un cancer. L’histoire repose sur la transmigration du mal absolu rappelant l’Outsider dans son mécanisme atavique.
Dans Le mauvais rêve de Danny Coughlin, Danny trouve au cours d’un cauchemar terrifiant l’avant-bras d’une femme qui dépasse du sol, grignoté par un chien derrière une station-service abandonnée. Hanté par la scène il parvient ensuite à identifier l’endroit, s’y rend pour découvrir la même nature morte et décide de prévenir les autorités de façon anonyme. Cette histoire est une longue et sensible illustration de l’injustice, toujours à la frontière entre polar et surnaturel, avec des personnages bien développés, Danny en pleine rédemption loin de l’alcool, l’enquêteur Jalbert arithmomaniaque et sa collègue Davis en transition pour sortir de l’aveuglement .
Dans Finn, Finn Murrie est né sous une mauvaise étoile, enchaine les péripéties malchanceuses avant d’être victime d’un enlèvement sur une méprise à ses 19 ans. Cette nouvelle rejoint le texte précédent dans le thème de l’injustice mais avec plus de liberté et un onirisme enfantin.
Dans Slide Inn Road, la famille Brown se rend au chevet de Nan, la sœur du Grand-Père qui a insisté pour prendre un raccourci de sa jeunesse avec sa vieille Buick et ils tombent sur deux criminels à côté d’une auberge en ruines. La nouvelle est nuancée entre le décalage des générations et la transmission du courage.
Dans Écran rouge, l’inspecteur Wilson a des problèmes de couple alors qu’il doit interroger Lennie affirmant avoir poignardé sa femme, habitée par l’esprit d’une entité extra-terrestre. Cette nouvelle malicieuse allie la science fiction au fantastique en développant une ambiance paranoïaque dans la tradition des récits d’invasion pernicieuse.
Dans Le spécialiste des turbulences, Craig a un don et il est payé pour voyager sur des vols précis. Cette nouvelle construit un contexte parapsychique de terreur dans les transports aériens et de précognition.
Dans Laurie, Lloyd qui se laisse aller depuis le décès de sa femme reçoit la visite de sa sœur et une jeune chienne en cadeau. Stephen King aime raconter la relation entre un homme usé et son chien comme dans la première partie de Conte de fées, avec sensibilité et optimisme.
Dans Serpents à sonnette, Vic est un veuf âgé qui part faire le point en période de Covid-19 dans la maison d’un ami absent en Floride et rencontre Allie, une vieille marginale promenant un landau double vide. Le thème réside dans le deuil mais la longueur du texte permet de parcourir différents développements dans diverses directions, humour, fantastique, horreur, émotion, polar et possession d’outre-tombe. Cette richesse narrative transparait dans les références convoquées (Cujo / Duma Key / Providence) et le personnage de Vic bien développé dans sa confrontation avec la perte d’un enfant et la persistance du souvenir palpable des circonstances de la tragédie.
Dans Les rêveurs, William Davis trouve un travail de transcription à son retour de la Guerre du Vietnam et devient l’assistant d’Elgin, un savant fou qui mène des expériences sur des cobayes rémunérés afin de découvrir ce qui est tapi derrière les rêves. L’hommage déclaré à Howard Phillips Lovecraft, comme une modernisation de Par-delà le mur du sommeil, se concentre sur la contamination entre plans d’existence, la communication de l’indicible et la soumission de la matière à une influence cosmique.
Dans L’Homme aux Réponses, Phil Parker une fois diplômé en droit prend du recul pour décider si, après son mariage avec Sally Ann, la pression familiale le poussera à rejoindre le cabinet lucratif de Boston ou si son désir de s’installer dans la petite ville de Curry l’emportera. Il tombe par hasard sur le stand en pleine campagne d’un vieil homme qui proclame pouvoir répondre à toute question personnelle. Cette nouvelle poétique prouve que l’existence n’est pas écrite à l’avance, son déroulement puise dans un relativisme pour un résultat qu’aucune prédiction ne pourrait figer.
Dans la Postface, Stephen King présente son écriture comme une évidence dans une mise en abyme du thème de la créativité présent dans nombre de ses textes, des histoires qui s’imposent à lui et qu’il pratique à merveille, comme dans ce recueil, avec simplicité dans un ton adulte et profond.

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