Manuscrit d’un roman de SF trouvé dans une poubelle… – Jean-Pierre Andrevon

Dans Chapo, Jorgus a un désir de contact avec la nature au milieu d’une société aseptisée et doit se battre avec sa Cellule Habitable Autonome Protégée Organiquement. Cette dystopie domotique montre classiquement un monde dédié à la stérilité synthétique et promeut les petits animaux sauvages à un statut de trésors de contrebande, dans un léger clin d’œil à Blade runner.
Dans L’arme, un Désintégrateur est oublié dans le désert texan par un OVNI et un pauvre orphelin trouve l’objet qui devient le vrai protagoniste indirect de l’histoire et le révélateur de la nature humaine en passant de main en main, comme dans un épisode de la série télévisée Gun, insistant sur l’irresponsabilité des individus et l’instinct de destruction de l’espèce.
Dans Délivrance, des militaires terriens délivrent un homme emprisonné par des extraterrestres dans le sous-sol de leur planète, sans soupçonner quelles étaient ses conditions de détention. L’ironie jubilatoire de la situation fait coïncider la victoire de l’espèce et l’effondrement de l’individu qui perd une vie fictive et un bonheur illusoire fait de paresse et de résignation.
Dans Et chez vous comment ça va ?, l’exzone est la vision dystopique d’une société amorale basée sur le conflit et la violence entre guérilla et boucheries pourvoyeuses de statistiques, une civilisation désensibilisée qui se complait dans l’outrance et une forme guerrière d’anarchie. Cette nouvelle s’appelait Exzone X dans le recueil Banlieues rouges en 1976 (reproduite dans Le travail du furet chez ActuSF en 2015) avant d’être très légèrement modifiée ici, le paragraphe 18.24 a disparu et, pour moderniser le texte vingt ans plus tard, les références politiques et culturelles ont changé. L’ambiance déchainée démontre la connivence stylistique entre Joël Houssin et Jean-Pierre Andrevon.
Dans Tout à la main, Jean-Pierre Andrevon se retrouve seul dans sa maison en hauteur après une éruption magmatique qui a provoqué une submersion brulante de toute la vallée à ses pieds. Dans cette mise en abyme, la solitude fait remonter les souvenirs et la perspective de l’impossibilité d’une relation avec une femme pousse à l’onanisme, une vie oisive de naufragé. Cette nouvelle écrite en 1983 est à l’origine du livre Tout à la main de 1988 et annonce Toutes ces belles passantes de 2002.
Dans F&SF, le premier vol interstellaire français des écrivains de science-fiction du terroir est une farce, une caricature enjouée de ce milieu littéraire.
Dans Mégalomaniaque, Jean-Pierre Andrevon prolonge la plaisanterie de la nouvelle précédente en s’imaginant pourfendeur de la médiocrité littéraire et décimant les rangs de la revue Fiction, tordant la réalité et multipliant les références à des titres de romans, dans un exercice de style surréaliste.
Dans C’est la meilleure histoire que j’ai jamais vendue les gars, Adam Michnick et Eva Romm sont déposés sur une planète sauvage et réveillés d’une stase cryogénique multimillénaire par leur vaisseau GOD. Ce parallèle cosmogonique et ironique avec les Écritures illustre le désastre inévitable du développement de l’espèce humaine ayant à disposition une technologie avancée, évolution nocive pour la biosphère dictée par l’égocentrisme et l’anthropocentrisme.
Dans Manuscrit d’un roman de SF trouvé dans une poubelle, quatre terriens vivent des aventures tumultueuses dans le système solaire. En hommage aux pulps, au space opera et d’abord à Edgar Rice Burroughs en convoquant John Carter, cette nouvelle déroule les archétypes de la science fiction populaire, l’approximation scientifique, un fond libidineux et des rebondissements fantasques, une prise de recul enjouée sur un genre littéraire dédié à l’évasion.
Dans l’Entretien avec Michel Lebrun, Jean-Pierre Andrevon parle de son éloignement de la science fiction mais aussi des passerelles qui mènent au polar, une démarche à l’image de ce recueil dévoré d’une énergie de rébellion et dénué de sérieux.

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