Le petit garçon qui voulait être mort – Jean-Pierre Andrevon

Dans Le petit garçon qui voulait être mort, un garçon de cinq ans et demi se rend compte à la mort de sa grand-mère qu’il convoite l’état de quiétude de la vieille femme et la promesse d’un paradis pour échapper à la séparation de ses parents. La narration enfantine permet d’insister sur le fossé d’incompréhension mutuelle entre l’enfant imaginatif et les adultes préoccupés de leur côté, dans un dérapage de l’immaturité et d’un aveuglement conceptuel qui identifie la mort à une libération.
Dans Regarde-le, la chasse au dinosaure est le programme télévisé le plus regardé et les hommes commencent à en capturer pour éviter leur extinction. Cet entrelacement temporel dénonce le penchant naturel des humains pour la destruction et la richesse, le voyeurisme et la ruée vers l’irréversible.
Dans Et si nous allions danser ?, une famille s’installe pour un séjour dans une tente sur un gigantesque camp surpeuplé et supervisé par des militaires. Comme dans la nouvelle précédente un glissement temporel et conceptuel s’opère et transpose, dans un contexte moderne et une illustration radicale en dehors du temps, les conditions de survie entre déshumanisation administrative et atomisation sociale d’un ghetto de la seconde guerre mondiale.
Dans Demain, je vais pousser, Derang doit pousser à la Barrière et participer à l’effort collectif pour empêcher la multitude sauvage et anonyme qui veut forcer leur enclave. Ce travail des forces contraires, très visuel et conceptuel, forme une nébuleuse métaphorique de communautarisme extrême et de rejet de l’autre qui aboutit à la déshumanisation absurde.
Dans Mort aux vieux !, une armée de jeunes de moins de vingt ans déferle la nuit dans les quartiers pour tuer les vieux. Un renversement cyclique exprime un non-sens circulaire dans un aveuglement essentiel, une nouvelle qui s’inscrit dans la thématique récurrente du conflit entre générations avec Le sacrifice ou La nuit des petits couteaux.
Dans Qu’est-ce qui va encore arriver ?, Rog et Byrne sont fossoyeurs dans un cimetière surpeuplé en marge d’un champ de bataille d’artillerie et voient défiler des éclopés à la recherche d’une dernière demeure. Le message antimilitariste fait le constat de l’escalade des moyens de destruction dans la main des hommes qui finissent par vaporiser les corps avec la bombe atomique.
Dans Condamné, un homme amnésique expérimente une succession de morts diverses. Cette collection d’expériences subjectives de la disparition de sa propre vie rejoint l’aporie théologique du Dieu qui a créé la mortalité et la souffrance mêlées, soulignant l’absurdité éthique d’une peccabilité incompréhensible pour les individus.
Dans Une erreur au centre, Patrick rentre chez lui après son travail et tombe sur son double. Le docteur Bernard le prend en charge et lui montre d’autres copies. Cette duplication provoque un trouble identitaire et un doute paranoïaque sur la réalité qui, au lieu de la portée métaphysique de la nouvelle précédente, adopte une manifestation scientifique dans des interférences quantiques.
Ce recueil fait preuve d’une cohérence implacable dans une noirceur certaine incarnée, des résonances se propagent entre les nouvelles qui se passent subtilement des témoins thématiques puissants.

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