Les crocs de l’enfance – Jean-Pierre Andrevon

Dans Le téléphone sonne, un homme se réveille avec une migraine, répond au téléphone qui sonnait pour qu’une voix altérée lui donne rendez-vous dans un bar proche de chez lui. Cette histoire de fantôme instaure une ambiance épaisse de délabrement solitaire et s’appuie sur un dédoublement circulaire nourri par l’amnésie et la nécessité du chemin aux supplices.
Dans La neige, la ville est recouverte et les rues sont aplanies, emprisonnant dans le silence des cadavres innombrables voués à l’éparpillement et dans la nuit l’équarrissage libère les fantômes dans un ballet venteux. L’atmosphère est pesante, lourde de menaces s’épanouissant avec grandiloquence dans un spectacle d’horreurs qui dégrade le monde des vivants jusqu’au jour suivant.
Dans Un enfant solitaire, Ludovic Janvier s’aperçoit que le temps s’est arrêté, le monde s’est figé autour de lui. Pour un jeune garçon qui se sent délaissé par ses parents la situation s’ouvre sur une liberté sauvage mais vaine dans sa bulle quantique qui le fait sortir de l’enfance et rester dans la solitude.
Dans La nuit des petits couteaux, Pierre se réveille, va poignarder son père et sa mère puis il sort dans la rue rejoindre les autres enfants de moins de sept ans. Cette nouvelle est proche du complot générationnel dans Le sacrifice de Fins d’après-midi ou Tous ces pas vers l’enfer.
Dans Apparition des monstres, un homme, sa femme, sa mère et un collègue assistent au retour des dinosaures et ce dernier les emmène dans un abri souterrain pour leur injecter un sérum permettant d’attendre. Cette nouvelle suggère beaucoup, frôle le loufoque et le surréaliste, sans explications, instaurant une ambiance d’incertitude, illustrant la circularité, la nature cyclique du temps et l’immortalité théorique.
Dans Belle et sombre, les chevaliers d’Engoulnages combattent d’horribles créatures mais la pire d’entre elles reste la captive du donjon. Cette fantasy, malgré le jeu avec les archétypes et les lieux communs du genre, dépasse le simple récit enfantin et parodique.
Dans Les crocs de l’enfance, Christophe n’a jamais accepté l’arrivée de Cristelle sa sœur adoptée. La charge psychologique du texte est intense dans une mise en abyme qui se propage comme un ouragan fantastique entremêlant les détresses et impactant la réalité. Dans un jeu de miroirs déformants, la communication est brouillée et les émotions se déchainent pour former un théâtre animal tragique.

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